Entomologie

À la rencontre des larves d’éphémères…

Après près d’un an de silence depuis ma dernière publication, il me semblait utile de rédiger un petit article instructif, en tout cas je l’espère (n’hésitez pas à  faire part de vos remarques bonnes ou mauvaises!), en matière d’entomologie, et plus particulièrement concernant le stade aquatique des éphéméroptères correspondant à leur phase de développement larvaire et nymphal, précédant leur émergence en tant qu’insecte adulte ailé.

En tant que moucheurs assidus ou occasionnels, nous avons régulièrement l’opportunité d’apercevoir tout au long de la saison de pêche de nombreux insectes en plein vol lors de leur émergence, de leur accouplement ou de la ponte, ou même au repos cachés dans la végétation rivulaire. En revanche, il nous est plus difficile de les observer au cours de leur cycle aquatique, à moins de prendre le temps de regarder ce qui se passe sous la surface de la rivière lors de nos parties de pêche.

Peu de moucheurs se donnent la peine de faire cet effort, prétendant que cela  est inutile (aucune incidence sur le résultat de la pêche), ou bien par manque de temps ou d’intérêt pour l’entomologie. C’est le constat que j’ai pu faire suite à de multiples discussions avec de nombreux moucheurs  quels que soient leur niveau, leur assiduité, leurs techniques de prédilection et leurs lieux de pratique… C’est bien dommage! Toutes ces personnes se privent là d’une opportunité intéressante de pouvoir évaluer la richesse de la biodiversité de nos rivières à salmonidés (éphéméroptères, plécoptères et trichoptères principalement parmi de nombreux autres groupes d’êtres vivants) d’une part, et d’établir une relation entre milieu aquatique et aérien en fonction des observations du moment (un excellent moyen d’améliorer ses connaissances environnementales sur le terrain avec l’appui d’internet et de tous les supports techniques existants à notre disposition) d’autre part.

Nous en avons tous fait l’amère expérience, en fonction de la saison, du moment de la journée, des conditions météo, de l’amplitude de température entre l’air et l’eau, et de bien d’autres facteurs, les insectes adultes sont complètement absents de la surface de l’eau et des airs. Ce constat est de plus en plus récurrent sur l’ensemble de notre beau territoire français de manière générale (notre société moderne et ses abus a sa part de responsabilité…), même lorsque les conditions semblent pourtant réunies pour de belles émergences, nous donnant l’illusion parfaite que la rivière est véritablement stérile! Fort heureusement, la réalité a un autre visage… Œufs, larves et nymphes poursuivent patiemment leur cycle de développement au cœur de la rivière, en attendant de se transformer en adultes matures dans le but ultime d’assurer le renouvellement de l’espèce.

Il est vrai que certaines périodes de l’année sont plus propices que d’autres à l’observation d’une multitude de macro-invertébrés. Mai et juin sont à ce titre les meilleurs mois pour l’observation tant sur le plan qualitatif (nombre d’espèces) que quantitatif (nombre d’individus par espèce), et ce à tous les stades de développement aquatique et aérien. Certaines espèces restent toutefois inféodées au début ou à la fin de saison et ne sont observables au cœur du printemps qu’au stade larvaire, voire pas du tout. A savoir également que de légers décalages dans les cycles peuvent également se produire d’une année à l’autre.

Au cours des lignes suivantes, je me contenterai d’une brève description des différents types de larves d’ éphéméroptères, en essayant d’aller à l’essentiel…

De manière générale, les éphéméroptères ont un cycle aquatique relativement long (de un à trois ans avec de nombreuses mues intermédiaires pouvant aller jusqu’à trente et plus chez Ephemera). La durée de vie au stade adulte en revanche s’étend suivant l’espèce de quelques heures seulement (cas des mannes grises appartenant au genre Oligoneuriella) à 3/4 jours maxi (principalement pour Ephemeridae regroupant les diverses espèces de mouches de mai).

Un petit rappel pour les novices concernant les étapes de développement des éphéméroptères ayant un cycle dit hémimétabole (comme les plécoptères), c’est-à-dire sans phase immobile au moment de la nymphose à l’inverse des trichoptères en particulier dont les larves construisent un étui pour parfaire leur transformation (cycle holométabole ). De plus, les larves d’éphémères subissent une métamorphose incomplète, c’ est-à-dire sans véritable différence sur le plan morphologique par rapport à l’adulte, contrairement aux trichoptères dont la transformation est complète (larve ressemblant plutôt à un vers et l’adulte à un petit papillon).

Le cycle est le suivant: œuf, larvule, larve, nymphe, subimago (ou émergente) et imago (spinner pour l’adulte en plein acte de reproduction et spent une fois mort le devoir accompli).

Alors que la larve, essentiellement brouteuse, a besoin de s’alimenter afin d’assurer sa croissance par des mues successives, l’adulte (subimago et imago) cesse complètement de se nourrir pour se consacrer pleinement à la reproduction car il ne lui reste désormais que peu de temps à vivre!

Les larves d’éphéméroptères peuvent être classifiées grossièrement dans quatre catégories distinctes en fonction de leur morphologie adaptée au milieu dans lequel elles vivent et à leur mode de déplacement. Nous verrons que leur apparence physique peut considérablement varier d’une catégorie à l’autre, avec tout de même certains détails anatomiques en commun permettant de les différencier à coup sûr des plécoptères (morphologie assez ressemblante pour un novice) et trichoptères. Tous ces ordres d’insectes ont tout de même un point commun, leur corps se divise en trois parties: tête, thorax (avec trois paires de pattes) et abdomen.

Parmi ces détails citons en particulier la présence de trachéo-branchies situées de part et d’autre de l’abdomen ou en position dorsale (sept paires au maximum) qui permettent la respiration en captant l’oxygène dissous de l’eau grâce aux trachéoles (minuscules nervurations difficilement perceptibles à l’œil nu) . On peut les voir s’agiter lors de collectes en plaçant les individus prélevés sur un fond blanc avec un peu d’eau, c’est ce mouvement qui permet justement de capter l’oxygène, même par faible courant.  Celles-ci peuvent prendre des formes variées suivant les genres: rondes à effilées ( genre Epeorus, Baetis…), filamenteuses (Paraleptophlebia…), plumeuses (Ephemera, Potamanthus…), sous forme de plaques dorsales ou d’élytres (Caenis )… Chez les plécoptères, seules les grandes espèces disposent de tels organes respiratoires au niveau du thorax et des pattes.

Un autre critère de distinction est le nombre de cerques (filaments caudaux situés à l’extrémité de l’abdomen), trois pour l’ensemble des éphéméroptères à l’exception du genre Epeorus n’en possédant que deux comme tous les plécoptères.

Je n’irai pas plus loin dans la description anatomique des larves aquatiques, des ouvrages spécialisés et sites internet vous permettront d’approfondir vos connaissances.

Intéressons-nous désormais aux spécificités des différentes catégories de larves d’éphéméroptères, avec quelques-unes d’entre elles. J’ai tenté de vous présenter une petite dizaine de  genres (la précision de l’espèce ne nous sera pas ici de grande utilité) , parmi les plus répandus et connus (en Limousin notamment), afin d’illustrer en photo ces catégories en relation avec leur morphologie. A titre indicatif,  143 espèces d’éphémères regroupées sous 41 genres et 16 familles ont été recensées sur l’hexagone, autant dire qu’il est absolument impossible d’être exhaustif, sachant que bon nombre d’entre elles sont très localisées et  difficilement observables. Par ailleurs, certaines espèces appartenant au même genre sont parfois tellement proches les unes des autres (morphologie, milieu de vie, période de vol, etc…) que la détermination précise de l’espèce est un véritable casse-tête, et ce même pour nos meilleurs spécialistes  (dans ce cas il est impératif de disposer d’échantillons collectés et conservés dans les meilleures conditions afin d’obtenir une diagnose la plus précise possible).

J’ai essayé lorsque cela était possible de photographier côte à côte une larve et une nymphe (la qualité des photos laisse un peu à désirer! Je m’en excuse), afin de permettre au lecteur de bien distinguer la différence de formation des sacs alaires (paire de fourreaux situés sur le thorax au stade nymphal et renfermant les futures ailes de l’adulte), véritables indicateurs de l’émergence imminente de l’insecte ailé. Plus ces sacs alaires sont gonflés, foncés et luisants, plus l’émergence est proche…

  • Les larves nageantes:

Regroupant essentiellement les familles Baetidae (la plus vaste avec plus de 30 espèces) et Siphlonuridae (bien que beaucoup plus rare et ne comptant qu’un nombre limité d’espèces), ces larves ont un corps fuselé et allongé qui leur permet de se déplacer dans la masse d’eau par des mouvements ondulatoires. Certaines espèces ont une préférence pour les courants lents riches en herbiers aquatiques, d’autres pour les eaux moyennement à très courantes au fond de galets et roches grossières. Les pattes sont fines et courtes car d’importance secondaire. Les trachéo-branchies sont bien visibles de part et d’autre de l’abdomen au stade nymphal: rondes, ovales, pointues ou foliacées suivant les genres. Alors que chez Baetidae l’émergence se passe généralement en surface en pleine eau où la subimago (futur adulte) vient briser la carapace nymphale au niveau du thorax pour s’extirper et se retrouver ainsi à la merci des poissons jusqu’à son envol, les siphlonuridés ont plutôt tendance à émerger proche des rives des cours d’eau sur un support émergé, à l’abri des prédateurs.

 

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  • Les larves rampantes:

Cette catégorie regroupe de multiples familles qui vivent principalement dans les secteurs à courant lent, chacune ayant une préférence pour un type de substrat particulier, même s’il est fréquent de les rencontrer sur des substrats autres. Piètres nageuses et généralement de petites tailles, elles se déplacent en rampant plus ou moins lentement et maladroitement (pour Ephemerellidae en particulier) sur leur support. Parmi ces familles, Leptophlebiidae est  facilement observable  dans les amas de racines en bordure ou parmi  les débris végétaux. Elle est d’ailleurs considérée comme la famille d’éphéméroptères la plus polluo-sensible. Dans le cadre de la détermination de l’ IBGN d’un cours d’eau (procédé initié par Verneaux au siècle dernier visant à établir un diagnostic écologique des écosystèmes lotiques, bien que relativement complexe à mettre en oeuvre, mais qui reste encore de nos jours la méthode la plus fiable!), elle appartient au troisième groupe de taxons indicateurs sur les neufs existants (troisième ligne en ordonnée dans le tableau d’analyse de l’IBGN figurant dans le lien ci-dessus). Très répandue sur l’ensemble des rivières limousines, sa présence massive est un signe de bonne qualité des eaux, bien que moins révélatrice que certaines familles de plécoptères dont j’aurai l’occasion de parler dans un prochain article… Notez la forme particulière des trachéo-branchies, et les longs cerques très écartés. L’émergence se passe sur les bordures où les nymphes se hissent sur des supports pour quitter leur carapace nymphale, passant pratiquement inaperçues de la majorité des moucheurs.

Les espèces appartenant à Ephemerellidae possèdent un corps plus  renflé avec des trachéo-branchies moins développées, des  pattes et cerques alternant bandes claires et foncées. Très connues des moucheurs au stade adulte (surtout pour Serratella ignita ), elles apprécient particulièrement les herbiers. Extrêmement lentes dans leur déplacement et facilement emportées pas le courant, elles font le bonheur des poissons lors de leur dérive et de leur ascension vers la surface précédant leur émergence (même mode opératoire que Baetis), mais également après une fois devenues des subimagos…

Une autre famille de larves rampantes dont la réputation au stade ailé dans le monde de la PALM n’est plus à faire est celle des caénidés (Caenidae) . Beaucoup plus rares (présence occasionnelle en Limousin) et plutôt difficiles à observer car minuscules, les larves côtoient essentiellement les fonds sablonneux et limoneux. Deux trachéo-branchies principales en forme d’élytres recouvrent une partie de l’abdomen sur la face supérieure, les autres étant cachées sous celles-ci. Elles ressemblent beaucoup aux larves d’éphémérellidés, bien que de taille moindre.  L’émergence se produit également en surface en fin de journée essentiellement, c’est le début d’une vie d’adulte qui ne va durer que le temps d’une soirée pour la plupart des espèces propres à cette famille…

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  • Les larves pétricoles ou larves plates:

Il s’agit sans aucun doute du groupe le plus représenté en Limousin en raison de la configuration générale des cours d’eau: rivières courantes et bien oxygénées avec un lit de gravier, galets et rochers. Toutes les larves de cette catégorie ont pour points communs d’avoir un corps dit aplati dorso-ventralement (en demie-lune) pour résister à l’emprise du courant et trois paires de pattes épaisses et solides pour s’agripper aux pierres (face inférieure généralement).

Deux familles principalement sont concernées,  la première  celle des heptagénéidés (Heptageniidae) est la plus vaste des deux, composée de quatre genres différents mais non des moindres… Contrairement aux autres familles, toutes ces espèces dites rhéophiles  émergent sous l’eau et non en surface. Selon les genres, l’émergence peut se produire proche du fond, en  pleine eau au cours de l’ascension de la nymphe , ou proche des bordures mais toujours sous la surface.

Quel que soit le genre, toutes ces larves et nymphes possèdent de longs cerques et des trachéo-branchies bien développées, une petite spécificité pour le genre Epeorus dont celles-ci restent parfaitement immobiles au lieu de s’agiter, l’obligeant ainsi à choisir des secteurs encore plus courants que ses congénères afin de pallier à ce défaut de mouvement (les radiers, fins d’entonnoirs marqués par une accélération du courant sont des postes de choix). Concernant l’émergence, celle-ci se passe au cœur de la rivière à différentes hauteurs d’eau chez Epeorus, Rhithrogena et Heptagenia, le nouvel insecte ailé expulsé de son exuvie nymphale  va gagner rapidement la surface grâce à sa forme hydrodynamique (les ailes repliées le long du corps). Chez Ecdyonurus , les nymphes matures vont plutôt se diriger vers les rives pour quitter leur exuvie à quelques centimètres sous la surface et ramper à l’air libre le long des racines, rochers et tiges végétales, les ailes à moitié depliées (phénomène observable en scrutant  minutieusement les parties immergées des bordures immédiates des cours d’eau au printemps). C’est probablement ce mode d’émergence des heptagénéidés qui a inspiré (en partie seulement) la pêche en noyée destinée à imiter un insecte ailé dérivant dans le courant.

La seconde famille de larves plates est Oligoneuriidae, limitée à deux espèces seulement (dont la célèbre Oligoneuriella rhenana ou manne grise, à ne pas confondre avec la manne blanche que j’évoquerai par la suite). Sa confusion avec les autres genres et familles au stade aquatique est  impossible, chaque segment abdominal étant caractérisé par deux pointes latérales en plus de l’absence visible de trachéo-branchies (placées latéralement sur chaque segment et observables seulement à l’aide d’un appareil). Les cerques sont très courts et leur tête est dotée d’une dispositif supplémentaire afin d’adhérer encore mieux à leur support, ce qui leur permet de se positionner dans les secteurs de courant relativement puissants, parfois sous forme de colonie importante. Cette famille possède la faculté de stopper le développement de ses œufs durant la saison hivernale (œufs moins sensibles aux conditions extrêmes que les larvules) par diapause pour permettre une éclosion en début de printemps avec une croissance des larves extrêmement rapide. Il est par conséquent pratiquement impossible de collecter des individus de taille différente suite à ce phénomène, d’autant plus que la période d’émergence est concentrée sur juillet et aout essentiellement, c’est-à-dire relativement courte. Les futurs adultes émergent véritablement au crépuscule, bien souvent à la nuit tombante, en utilisant la force du courant pour s’extraire de leur exuvie nymphale,  bien exposés à celui-ci sur la partie supérieure des galets et cailloux qui leur servent de supports.  Après une rapide traversée de la couche d’eau et une percée en surface, les subimagos s’envolent aussitôt et s’accouplent pratiquement dans la foulée.

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  • Les larves fouisseuses:

Les espèces appartenant à Ephemeridae (quatre espèces dont deux courantes Ephemera danica et vulgata) sont principalement concernées ici, avec dans une moindre mesure les familles Polymitarcyidae (la fameuse manne blanche Ephoron virgo exploitée au cours du siècle dernier comme nourriture pour oiseaux après séchage sur les bords de Saône tellement elle abondait! ) et Potamanthidae, toute deux très localisées.

Les larves de mouche de mai, dotées d’un corps cylindrique pourvu de trachéo-branchies duveteuses très mobiles et de pattes taillées pour creuser le substrat,  vont s’enfouir dans les sols sablo-limoneux pour une durée pouvant atteindre trois ans en fonction des conditions, pour n’en sortir qu’au stade nymphal et entamer leur montée vers la surface. L’émergence, très longue, va s’accompagner d’une dérive importante de l’insecte entre le moment où la subimago va commencer à briser les sacs alaires et celui où le nouvel adulte est sur le point de s’envoler, si les poissons, oiseaux et libellules leur en laissent le temps bien entendu…

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Lors d’un prochain article, j’aborderai cette fois la phase aquatique des plécoptères et trichoptères les plus fréquemment rencontrés essentiellement dans nos cours d’eau limousins, avec quelques clichés …

La fin de la saison de pêche en rivière approchant à grands pas, il y a encore de belles opportunités de rencontres entomologiques à faire au bord de nos cours d’eau favoris…  L’arrivée de l’automne marquée par un rafraîchissement des températures et le retour des pluies tant attendues (bien que de plus en plus rares en cette saison) est souvent synonyme de belles émergences de baétidés, éphémérellidés et heptagénéidés divers en pleine journée. Profitez-en pour observer ces adultes de plus près entre deux dérives, sur votre poignée de canne ou dans le creux de votre main dans un premier temps, un moyen simple à la portée de tous pour s’initier aux rudiments de cette discipline…

Fin septembre marque l’arrivée de l’automne avec ses paysages aux couleurs changeantes; c’est aussi le début d’une courte (mais passionnante) saison, celle de la pêche de l’ombre, qui se prolongera jusqu’à novembre, voire fin décembre pour les plus courageux…

Bonne fin de saison à tous…

Romaric.

 

 

 

 

 

Les insectes au fil des saisons…

La saison 2015 de pêche à la mouche en rivière arrivant bientôt à terme, pour ce qui me concerne en tout cas, puisque je vais sous peu remiser la canne à mouche pour ressortir l’étau de montage jusqu’à l’ouverture prochaine; j’avais envie en ce début de trêve halieutique de vous exposer quelques clichés d’insectes adultes effectués au cours de sorties de pêche afin de vous présenter quelques unes des espèces ou des genres (si identification jusqu’à l’espèce improbable pour raisons diverses) les plus courants rencontrés sur les rivières limousines mais également observables sur de nombreux cours d’eau aux quatre coins de l’hexagone (en fonction des affinités géologiques, physico-chimiques… entre cours d’eau ou même climatiques entre régions).

Pour la grande majorité des moucheurs confirmés qui liront cet article, vous n’apprendrez rien de bien nouveau en visionnant ces photos, la plupart des individus exposés ci-dessous étant déjà familiers de nous tous, ou presque, au moins visuellement si le nom vous est inconnu… Pour les moins assidus, cette petite présentation devrait vous permettre d’obtenir quelques pistes d’identification concernant des insectes déjà observés au bord de l’eau, même si la détermination précise jusqu’à l’espèce, ou même du genre parfois, à l’œil nu s’avère très souvent hasardeuse; certains des insectes photographiés ici ayant d’ailleurs fait l’objet d’une étude sous appareil d’observation avant identification complète.

Toutefois la détermination du genre et même de la famille d’appartenance apportent déjà des indications sérieuses sur les mœurs de tel ou tel insecte, en reliant les informations obtenues par biais divers (ouvrages spécialisés, concours OPIE-BENTHOS) grâce au rang aux observations faites au bord de l’eau. Cela s’avère très utile pour comprendre notamment le comportement de nos chers salmonidés lors de leurs périodes d’alimentation… Pourquoi pêcher en noyée lors d’émergences d’heptagénéidés? Quel intérêt d’utiliser des émergentes engluées dans la pellicule? Pourquoi un subsedge est-il préférable à un sedge classique dans certains cas? Quand utiliser un spent d’éphémère et pour quelles espèces?…

Je me contenterai d’énumérer les insectes par ordre chronologique de leur période de vol, bien que très aléatoire, car de nombreuses espèces peuvent se côtoyer au stade ailé; certaines ayant des périodes de vol très étalées, d’autres bien plus courtes, et ce pour les trois ordres principaux ayant un cycle de développement mixte aquatique et aérien (éphéméroptères, plécoptères et trichoptères), histoire de revivre en quelque sorte le déroulement d’une saison de PALM au fil des saisons. J’ai ajouté également quelques photos (prises sur le vif!) d’individus avec leur imitation classique côte à côte; certes il ne s’agit pas de montages réalistes, mais de montages suffisamment ressemblants tout en étant pêchants et efficaces (c’est quand même la finalité!).

De nombreuses espèces ne figureront pas dans cet exposé, loin d’être exhaustif, mais là n’est pas le but… Il ne s’agit que d’un petit aperçu de la biodiversité existante en matière d’entomologie aquatique destiné à vous donner un peu de matière à étudier… Et il reste encore beaucoup à découvrir sur le plan scientifique!!! Une étude personnelle concernant les éphéméroptères en Limousin incluant une présentation générale suivie d’une description détaillée agrémentée de photos à chaque stade de développement des principaux genres et espèces est en cours d’élaboration …

Bon visionnage!

Pour commencer, Baetis rhodani, la star du début de saison! Très commune sur l’ensemble des rivières françaises, également présente en fin de saison avec une seconde génération…

Vol: février à avril

sub rhod

imitat rho

Rhithrogena germanica, la fameuse March Brown, bien représentée sur la Dordogne et la basse Corrèze également dès le mois de mars. Une valeur sûre pour sortir les grosses truites de leur léthargie hivernale lors d’émergences massives …

Vol: février à avril

MB.

 

Le genre Epeorus (2 espèces majoritaires), relativement précoce sur toutes les rivières courantes de la région, y compris sur le plateau de Millevaches. Souvent confondu avec les genres Ecdyonurus et Rhithrogena appartenant à la même famille…

Vol: mars à juin essentiellement

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Les petits perlidés sombres de début de saison notamment, avec les genres Nemoura, Protonemura, Leuctra, et Brachyptera… On les rencontre régulièrement sur les rochers et la végétation rivulaire de nos cours d’eau limousins… Un signe indéniable de qualité des eaux!

Vol: toute la saison, voire même en hiver en fonction des genres et espèces

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Brachycentrus subnubilus, ou cul-vert en raison de la masse ovifère d’un vert soutenu à l’extrémité de l’abdomen des femelles… Les remontées (vol de compensation) sont véritablement spectaculaires sur la Dordogne. Un des premiers trichoptères à faire son apparition en grande pompe. La larve avec étui (dite éruciforme) construit ce dernier à partir de débris végétaux généralement tout en se fixant sur un support (tige végétale, bois, pierre) pour éviter la dérive…

Vol: avril à mai

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brachycentrus subnubilus femelle et son imitation.

Rhithrogena semicolorata, petite sœur de notre March Brown, également très répandue. Confusion possible avec les “olives” regroupant le genre Baetis, en raison de sa teinte verdâtre au stade subimago et sa taille similaire, bien que très différente même à l’œil nu…

Vol: avril à juillet

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imit im R. sem-001

imit spent R. sem-001

La famille Leptophlebiidae, avec ses deux principaux représentants, Paraleptophlebia submarginata et Habroleptoides confusa, dont la confusion est également possible. Bien que quasi absentes de la surface de par leur mode d’émergence, ces deux espèces tapissent souvent la ripisylve de nos cours d’eau à l’aplomb même des berges au début du printemps, en toute discrétion, phénomène visible pour qui sait prendre le temps d’observer…

Vol: avril à septembre

Sub P.sub

Sub H.confusa

Le genre Ecdyonurus, avec en tête de cortège Ecdyonurus venovus, de la taille d’une mouche de mai et remarquable au vol pendulaire des imagos mâles précédant l’accouplement. Cette danse nuptiale est caractéristique de nombreuses espèces de cette  même famille (Heptageniidae). D’autres espèces du même genre la côtoient, jusqu’en début d’automne parfois…

Vol: avril à octobre suivant les espèces

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Les petits perlidés clairs olives et jaunes,  en particulier les genres Isoperla et Siphonoperla, marquent l’arrivée des beaux jours avec leur teinte chatoyante…

Vol: mai à août

S.torrentium

I.gram

imit sip tor-001

Les grandes perles représentées essentiellement par Perla marginata et Dinocras cephalotes , deux géantes en étroite concurrence sur les rivières bien oxygénées au fond tapissé de galets et de pierres.
Les adultes s’apparentent à de véritables hors-bords lorsqu’ils nagent en surface. La distinction entre ces deux espèces est plus facilement observable au stade larvaire grâce aux motifs ornant la tête, même si ce n’est pas toujours flagrant…

Vol: mai à août

P.marginata

P.marg

D ceph

Les baétidés ou “olives” de manière générale,  la liste est très longue… Citons en particulier Baetis fuscatus, Baetis scambus, Baetis niger parmi les plus courantes. La distinction entre espèces de cette même famille est vraiment subtile, pratiquement impossible sans appareil d’observation, malgré certains critères anatomiques visibles suivant les cas (couleur des yeux et de l’abdomen des imagos mâles)…

Vol: mai à novembre suivant les espèces

B.fusmale

B.fuscatus

B scammale

B scamfem

Le printemps marque l’arrivée de nombreuses familles de trichoptères, notamment les sedges gris et bruns. Citons notamment Odontocerum albicorne, de taille assez imposante et très élégant avec ses longues antennes annelées et ses ailes aux nervures bien marquées. La larve avec étui (éruciforme) est reconnaissable à son étui conique légèrement arqué constitué de petits grains de sable agglomérés…

Vol: mai à août

O.albicorne

Le genre Hydropsyche, regroupant de nombreuses espèces, est extrêmement commun sur la Dordogne en particulier, notamment en fin de journée où la lumière déclinante est le phénomène déclencheur de l’émergence, au point parfois de tapisser nos waders en plein coup du soir! La larve libre (sans fourreau, dite campodéiforme) est très visible sous les pierres du lit des cours d’eau où elle côtoie sa proche cousine Rhyacophila…

Vol: mai à octobre

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Le genre Rhyacophila est facilement identifiable au stade larvaire (campodéiforme), de couleur verdâtre, rendant sa confusion impossible avec un autre genre. Cette teinte est encore souvent visible sur l’abdomen des adultes, notamment Rhyacophila dorsalis, très répandue…

Vol: mai à octobre

Rhyaco

larves rhyacophilas

Le genre Philopotamus (campodéiforme), notamment Philopotamus Montanus repérable à ses ailes particulières pigmentées de jaune, est localisé principalement sur les têtes de bassin et petits cours d’eau de moyenne montagne (plateau de Millevaches), où il abonde colonisant la végétation rivulaire…

Vol: avril à octobre

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De retour avec les éphéméroptères, citons Ephemerella ignita, constituant avec les baétidés le groupe des “olives” (la teinte olivâtre comparable à celle du fruit au stade subimago en est à l’origine), bien que n’appartenant pas au genre Baetis, est très commune sur les bassins intermédiaires. On la distingue facilement des baétidés grâce à la présence d’ailes postérieures beaucoup plus développées que chez ses cousines…

Vol: mai à novembre

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La renommée sulfure, Heptagenia sulfurea, dont la subimago est de couleur jaune soufre, est répandue sur tous les cours d’eau de la région sans exception, tant que le courant est suffisant pour assurer l’oxygénation de ses larves, condition indispensable à toutes les larves de cette grande famille (Heptageniidae). Un constat personnel, son intérêt sur le plan halieutique semble cependant assez limité comparativement à d’autres espèces d’éphéméroptères émergeant pendant la même période, mais cette remarque n’engage que moi…

Vol: mai à septembre

sulfure

Ephemera danica, ou mouche de mai (bien que l’expression mouche de juin aurait été plus adéquate),  l’emblême de la pêche à la mouche par excellence tout aussi remarquable par sa taille que par son élégance, représente en quelque sorte l’apogée de la pêche en sèche et nous rappelle à tous des moments fabuleux lors d’émergences massives où les salmonidés se montrent généralement peu hostiles aux grosses imitations. Sa soeur jumelle Ephemera vulgata très semblable est plutôt rare par chez nous, bien qu’assez commune en région Auvergne…

Vol: mai à juillet principalement

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Oligoneuriella rhenana (manne grise) à ne pas confondre avec Ephoron virgo (manne blanche) sont toutes deux présentes sur la Dordogne, bien que les apparitions de la seconde soient beaucoup plus rares et localisées bien plus en aval que la première. Oligoneuriella rhenana est également observable sur de nombreux cours d’eau du Limousin, à l’exception des têtes de bassin, en toute fin de journée, déclenchant parfois des moments de frénésie intense chez les salmonidés jusque tard dans la soirée. Trouver l’imitation adéquate est une autre histoire…

Vol: juillet à septembre

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e.virgo

Les sedges roux, parmi lesquels figure le genre Anabolia entre autres, sont très abondants surtout en fin de saison, de la petite rivière du plateau jusqu’à la grande Dordogne…

Vol: mai à octobre de manière générale avec un pic en arrière saison

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Je terminerai mon exposé par ce petit duo de hanneton des fougères (babarotte) avec son imitation, rien à voir avec les ordres précédents puisqu’il s’agit d’un coléopère terrestre n’ayant pas de cycle larvaire aquatique contrairement à tous les insectes présentés auparavant, mais sa présence non négligeable sur certains cours d’eau et secteurs géographiques de la région (au même titre que Bibio marci parmi beaucoup d’autres… ) justifiait qu’il soit ici mentionné…

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En espérant que ce rapide tour d’horizon des insectes rencontrés au bord de nos rivières limousines et d’ailleurs vous donne envie d’en savoir davantage et d’apprendre à les connaître un peu mieux… Ils le méritent bien!

Veuillez excuser la piètre qualité de certaines photos, celles-ci ayant été réalisées a l’aide de simples appareils numériques facilement transportables dans une poche du gilet de pêche, les conditions du moment n’étant pas toujours propices à la macrophotographie avec ce genre d’appareil…

Pour ceux qui souhaiteraient éventuellement de plus amples informations (au moins les basiques permettant la reconnaissance à l’œil nu) sur la détermination des familles, genres et espèces des principaux ordres,  vous pouvez me contacter par MP …

De nouveaux articles traitant d’entomologie aquatique  suivront, dans les mois à venir…

 

 

 

 

Découvrir l’entomologie aquatique avec l’Opie Benthos…

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Voici un  article relativement détaillé destiné à tous ceux qui s’intéressent à l’entomologie mais qui ne savent pas comment faire pour se perfectionner dans cette discipline passionnante et extrêmement riche d’enseignement pour la pratique de notre passion, comme pour la connaissance des écosystèmes aquatiques…

Je ne vais pas rentrer dans les détails en vous présentant les principaux ordres, familles, genres ou espèces avec leur cycle de développement. L’idéal est de se procurer un ouvrage spécifique pour se familiariser avec les bases de la discipline, et surfer sur le net pour trouver les informations basiques sur différents sites et blogs… A citer notamment cet ouvrage qui fait référence en la matière et relativement complet,  Le guide entomologique du pêcheur à la mouche  par trois auteurs W. Reisinger, E. Bauernfeind et E. Loidl, Collection Pêches sportives, Editions La vie du Rail. Une nouvelle édition, plus complète, a vu le jour depuis 2008. Cet ouvrage se trouve également d’occasion et reste à un prix abordable (moins de 100€).

Une fois les connaissances de base théoriques acquises, à savoir être capable de reconnaître un éphéméroptère, un plécoptère et un trichoptère, les trois ordres principaux  d’origine aquatique rencontrés couramment au bord de l’eau et évoqués dans le cadre de la pêche à la mouche, avec quelques notions sur leur mode de développement, vous pouvez vous lancer dans cette démarche et consacrer une à deux heures occasionnellement avant une sortie de pêche pour collecter quelques échantillons  à différents stades (larvaire, nymphal, subimago, imago). Si vous pratiquez toute la saison de l’ouverture à la fermeture (également possible au cœur de l’hiver essentiellement chez les plécoptères), vous vous rendrez compte que sur une même rivière, la vie évolue et les espèces en tout genre se succèdent au rythme des saisons. De même, les caractéristiques physico-chimiques, la nature des substrats, l’oxygénation… vont largement influencer la nature des espèces présentes. Deux rivières déversant leur flot dans un même secteur géographique et appartenant au même bassin versant peuvent ainsi abriter des espèces différentes avec des exigences propres à chacune d’elles, en fonction des caractéristiques du cours d’eau…C’est également un excellent moyen de se faire une idée sur la qualité du milieu (détermination de l’indice biotique d’une rivière).

L’Opie Benthos (http://www.opie-benthos.fr ) a lancé un inventaire destiné à recencer toutes les espèces présentes sur l’ensemble des rivières françaises pour les trois ordres aquatiques. Tout le monde peut y adhérer pour une contribution modique (inscription inférieure à 20€) et participer à cet inventaire tout en élargissant le champs de ses connaissances…

Je vous présente ici ma méthode de prélèvement, peut-être assez contraignante au premier abord puisqu’elle nécessite d’y consacrer un peu de temps au bord de l’eau et à la maison, mais c’est à ce prix qu’on progresse. De nombreux collecteurs (et pas uniquement des pêcheurs!) se contentent simplement de prélever et de placer directement les individus dans des tubes, sans photos, notes ou archivage, certes c’est beaucoup plus rapide, mais sans grande utilité pour la connaissance personnelle… La possession d’un appareil d’observation, microscope ou loupe binoculaire, est un atout considérable permettant de pousser l’identification jusqu’à l’espèce, chose bien souvent impossible à l’œil nu, mais ce n’est pas systématique. Les spécialistes (Michel Brulin pour les éphéméroptères, Jacques le Doare pour les plécoptères et Gennaro Coppa pour les trichoptères) de l’Opie-Benthos, très compétents, se chargeront d’établir une diagnose pour chacun de vos prélèvements, puis de vous communiquer leurs résultats suite à leurs observations. Très coopérants, ils pourront même vous apporter quelques petits commentaires par mail corroborant leurs observations si vous leur demandez…

Pour ceux qui auraient envie et les moyens de se munir d’un appareil d’observation, il y a un ouvrage indispensable à posséder où sont répertoriées toutes les clés de détermination nécessaires à la définition des échantillons prélevés, au moins jusqu’au genre, Invertébrés d’eau douce, systématique, biologie, écologie , par Henri Tachet, Editions du CNRS. Il est également possible de l’emprunter dans certaines grandes bibliothèques qui détiennent un exemplaire.

Le but de cette démarche en partenariat avec L’Opie-Benthos n’est pas de faire de vous un spécialiste de l’entomologie aquatique, mais simplement un moucheur capable d’identifier au moins les ordres (limité principalement aux trois énumérés plus haut, assez facile), puis les familles et les genres des insectes rencontrés au bord de l’eau lors d’une sortie de pêche. La définition de l’espèce reste aléatoire et ne sera pas d’un grand secours pour la pêche… Sauf si vous finissez par y prendre goût, mais dans ce dernier cas on sort du contexte halieutique pour aborder la phase scientifique, avec tout l’appareillage qu’elle nécessite dans un tout autre objectif… Il est intéressant de comprendre que chaque famille, voire genre, possède son propre cycle de vie et de développement, qui diffère de l’un à l’autre,  par le mode d’émergence, de ponte, le type de mobilité dans l’eau, le biotope, la saison… Tous les éphéméroptères n’émergent et ne pondent pas en surface contrairement à ce que beaucoup croient!  Toutes ces infos peuvent vous aider à anticiper une partie de pêche par l’observation, et à prendre les bonnes décisions sur le choix technique, tout en vous donnant le sentiment  de faire corps avec le milieu naturel dans lequel vous évoluez, n’est-ce pas là un peu le but recherché par le pêcheur à la mouche, quel que soit son niveau?

Enfin pour les férus, il y a également possibilité de “mettre en culture” toutes ces petites bestioles en constituant des mini élevages. Le principe est simple, il suffit de prélever des nymphes matures (sur le point d’émerger, autrement dit de se transformer en subimago), reconnaissables dans la majorité des cas au sac alaire (ou sac à ailes) fortement développé et à la brillance de celui-ci, et à placer ces nymphes dans une sorte d’éclosoir bricolé en reconstituant un mini biotope adapté à l’espèce étudiée à l’intérieur de ce dernier que l’on installera au bord d’un cours d’eau. Mais là nous abordons un autre sujet avec de nombreux aléas qu’il est souvent difficile de maîtriser… Cette méthode permet entre autre de faire le lien entre les stades larvaire et adulte d’une espèce particulière, parfois difficile à observer en milieu naturel… Voici un exemple type: 4 éclosoirs placés sur la Combade contenant chacun plusieurs nymphes appartenant à 4 genres différents d’éphéméroptères de la famille Heptageniidae (larves dites rhéophiles car aplaties dorso-ventralement pour résister au courant, très répandues en Limousin et faciles à observer au stade larvaire et adulte si vous prenez le temps de regarder autour de vous sous l’eau et dans les airs): Epeorus sp. (sp. car espèce non définie au-delà du genre), Ecdyonurus sp., Heptagenia sulfurea et Rhithrogena semicolorata.

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Contentons-nous dans l’immédiat d’une simple collecte. Voici les accessoires que j’utilise pour prélever:

– une passoire ou chinois de préférence en matière plastique (pour éviter la rouille) à maille suffisamment fine pour piéger les larves et nymphes.

– une pince de dentiste ou chirurgie type précelles à becs plats pour prélever de minuscules échantillons.

-une mini épuisette comme celles utilisées en aquariophilie pour piéger les adultes.

– des pots en verre (bocal confiture) pour stocker les larves, les couvercles permettent d’y placer les larves avec un peu d’eau pour examiner à l’œil nu et prendre des photos en mode macro.

-alcool dénaturé à 90° pour fixer les échantillons (en pharmacie). Prévoir un peu de gaz pour créer une sorte de tampon avant de refermer les tubes lors de l’envoi (amortir les chocs possibles lors de l’acheminement).

-tubes de prélèvement type analyse sanguine ou urinaire pour l’envoi des prélèvements. L’Opie Benthos peut vous dépanner pour commencer.

-thermomètre pour la température de l’eau (facultatif).

-appareil photo avec option macro pour mémoriser un visuel des échantillons (à classer dans des fichiers en lien avec les différentes collectes effectuées, en attendant de recevoir les résultats de l’Opie-Benthos et d’identifier dans une certaine mesure les échantillons).

-un carnet de note pour consigner les détails de chaque collecte numérotées: date, heure, rivière, secteur précis de la collecte, coodonnées gps, nature substrat, numéros des piluliers, contenu exact avec numéros des photos…

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Une fois le matériel rassemblé, vous pouvez vous lancer dans vos premières collectes, la meilleure période se situant bien évidemment en mai/juin lorsque le nombre d’espèces est le plus important, et ce à tous les stades de développement. Mais vous pouvez le faire dès l’ouverture mi mars, l’éventail est moins large, sachant que vous trouverez peu d’espèces au stade adulte, les larves et nymphes sont en revanche bien présentes au fond de l’eau… L’idéal est de collecter régulièrement tout au long de la saison, afin d’avoir un échantillonnage global d’une majorité d’espèces (il est tres difficile d’être exhaustif dans ses prélèvements à moins peut-être de passer 24 heures sur 24 au bord de l’eau!) et observer ainsi un maximum d’espèces pour se constituer une banque de données digne d’intérêt. N’oublions pas que la plupart des espèces toutes familles confondues ne sont observables à l’état adulte que sur une période bien définie, parfois relativement courte (15 jours à 1 mois chez Oligoneuriella rhenana surnommée manne blanche) ou très étendue (mai à octobre chez Heptagenia sulfurea plus connue sous le nom de sulfure…). Une dernière chose, si les éphéméroptères et plécoptères sont bien présents en début de saison au stade adulte, même timidement, les trichoptères (hormis de rares espèces comme Brachycentrus subnubilus ou cul-vert visible dès avril) ne se montrent réellement qu’à partir de mai, voire juin,  sachant que cet ordre est celui qui compte pourtant le plus grand nombre d’espèces sur les trois.

Voici quelques recommandations sur la manière de procéder, mais libre à chacun de faire comme il l’entend. Nous restons toujours dans un cadre de pur amateurisme, dans le seul but de progresser sur la connaissance des insectes. Un entomologiste chevronné et investi procèdera de manière différente et plus contraignante. Bien souvent, notre collecte se déroulera dans le cadre d’une sortie de pêche, juste avant ou pendant la pêche… Au gré des rencontres, parfois inattendues!!! Une à deux heures suffisent pour prélever, en fonction bien entendu de la météo et des conditions du moment.

1/Sur le terrain:

-Déterminer la station de prélèvement (normalisée sous le ratio suivant: 100m de long pour 10m de large):

Proche d’un point d’accès si possible, pour la facilité, en essayant de privilégier la variété des substrats (sable, cailloux, galets, grois blocs, racines, herbiers…) pour une plus grande richesse des espèces. Privilégier les eaux peu profondes. Eviter les secteurs en aval direct de rejets divers (station épuration, rejets industriels, domestiques, égouts non reliés au réseau d’assainissement) pouvant fausser la richesse halieutique réelle du cours d’eau.

-Collecte au stade aquatique (larves et nymphes):

Soulever délicatement les supports immergés en tenant la passoire en aval du support pour recueillir les individus ou gratter avec celle-ci les abords de rochers, racines, herbiers… Puis reccueillir ceux-ci avec la pince un par un sans trop serrer et les déposer dans un pot en verre rempli à moitié d’eau.

Il suffit ensuite de les trier comme bon vous semble en les plaçant dans un couvercle avec un peu d’eau pour les observer de plus près et les photographier éventuellement.

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Placez-les ensuite encore vivants dans un tube rempli d’alcool à 90° pour les fixer (certes c’est un peu barbare!). Vous pourrez les retrier plus tranquillement chez vous en essayant de ne pas mélanger les ordres pour l’envoi de l’échantillonnage.

-Collecte au stade adulte (subimagos et imagos):

Prenez la peine de vous servir d’une mini épuisette pour les piéger en vol. Utilisez également les pinces pour les placer dans les tubes d’alcool après examen à l’oeil nu et photo. Vous pouvez également prospecter la végétation rivulaire, extrêmement riche en insectes adultes de toutes sortes.

2/De retour à la maison:

Le travail d’archivage se fait chez soi. Il est nécessaire de changer l’alcool dans les tubes au bout de 24 à 48 heures une fois que les prélèvements ont rendu l’eau emmagasinnée. Préparez les tubes définitifs après avoir effectué votre tri final pour l’envoi (par exemple, un tube de plécoptères nymphes, un tube d’éphéméroptères adultes…) toujours en prenant soin de ne pas mélanger les ordres si possible car ils seront étudiés par des spécialistes différents chacun de leur côté.

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Une chose importante, lorsque vous vous décidez  à effectuer une collecte sur une rivière définie, cette collecte correspondra à une station de prélèvement. Autrement dit, s’il vous arrive de changer de rivière pour pêcher et que vous prélevez de nouveau sur cette rivière, il s’agira dans ce cas d’une seconde station, et il vous sera nécessaire de prendre un nouveau tube. Il est important de ne pas mélanger les individus de deux stations différentes sous peine de fausser l’inventaire, pour nous pêcheurs c’est sans grande importance, mais sur le plan scientifique pour l’Opie c’est primordial…

Une fois le tube rempli, en prenant soin que les individus ne soient pas trop tassés, introduisez une petite étiquette en papier bristol avec votre numéro de pilulier (à 7 chiffres: composé de votre numéro  de collecteur à 4 chiffres fourni par l’Opie et du numéro de pilulier à 3 chiffres défini par vous-même) écrit au crayon à papier, pas au stylo (l’encre est dissoute par l’alcool). Avant de refermer le tube, placez un petit morceau de gaz en guise de tampon, et scotcher le capuchon avec un peu de chatterton pour limiter les fuites pendant le voyage.

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Avant de passer à un autre tube, consignez vos notes dans votre carnet, date, rivière,  site exact (aidez vous de Géoportail), température, conditions météo, coodonnées GPS (facultatif) et le contenu  de chaque tube. Si vous êtes incapable de définir le genre et l’espèce, décrivez les individus comme vous pouvez, en fonction de la taille, de la couleur, des motifs des ailes et du corps… Le sexe, l’ordre, voire la famille sont généralement facilement identifiables et à la portée de tout collecteur ayant acquis les connaissances basiques de l’entomologie aquatique. N’oubliez pas les quantités pour chaque  espèce que vous croyez identifier, en ajoutant si possible les références des photos en macro pour garder un visuel (indispensable pour faire le lien avec les résultats de l’Opie, c’est ce qui vous permettra de progresser dans l’identification partielle des espèces rencontrées au bord de l’eau).

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Procédez ainsi pour chaque tube, en n’oubliant pas d’entamer une nouvelle page s’il s’agit d’une nouvelle station (autre lieu, heure, site de prélèvement, température…).

Voilà pour ce qui est de vos notes personnelles, il vous faut maintenant remplir les fiches de l’Opie (fournies lors de votre inscription) à envoyer avec les tubes afin de permettre aux différents spécialistes d’identifier vos collectes. Il suffit de retranscrire les informations répertoriées dans votre carnet, en y ajoutant quelques commentaires personnels si vous en avez (forte présence d’une espèce particulière au stade adulte ou aquatique, émergence soudaine, présence d’une espèce à un endroit précis…). Il vous est également demandé de noter la nature du substrat (liste codée préalablement fournie à l’inscription),  détail important car celui-ci conditionne grandement la présence de la plupart des espèces dans un cours d’eau.

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Un tableau décrivant la liste complète de tous les éphéméroptères répertoriés figure sur cette fiche, vous pouvez y reporter vos collectes en suivant les indications (I pour imago, L pour larvaire  avec quantités…). Ce n’est qu’à titre indicatif (pas de tableau pour les deux autres ordres), juste pour comparer vos observations à celles des spécialistes.

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Ceci fait, introduisez tous les tubes dans une enveloppe à bulles (dans l’idéal) ou autre colis en essayant de les caler au maximum, avec les fiches récapitulatives de l’Opie. Il peut y avoir plusieurs fiches correspondant à plusieurs stations sans problèmes, les tubes étant identifiés par leur étiquette et répertoriés par station de prélèvement sur chaque fiche. Notez l’adresse et expédiez le tout.

Lors de l’étude des prélèvements,  il est bien souvent impossible, même pour des spécialistes équipés de moyens techniques performants, de définir avec certitude l’individu examiné (insecte abîmé ou détails anatomiques difficilement observables), dans ce cas nous devrons nous contenter du genre sans l’espèce (ex: Ecdyonurus sp.), ce qui pour nous simples pêcheurs, est amplement suffisant dans le cadre de notre discipline… Il est toujours intéressant de connaître précisément quelles sont les espèces qui côtoient nos rivières, et de pouvoir comparer les peuplements d’un cours d’eau à l’autre dans un même secteur géographique.

Les résultats des observations sont répertoriés sous forme de fiche  communiquées par mail, avec la date, la rivière, le site, le n° de pilulier pour chaque espèce ou genre déterminé.

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Ces résultats viendront peut-être enrichir les données de l’inventaire de l’Opie si personne ne l’a fait avant vous. Mais surtout vous aurez probablement l’opportunité d’apprendre quelque chose d’intéressant et de sortir du pur cadre technique de la pêche à la mouche, parfois rébarbatif… C’est véritablement ce qui fait le charme de la pêche à la mouche, cette opportunité d’observer au coeur de lieux privilégiés et préservés, plus que dans toute autre technique de pêche, ayant moi-même pratiqué d’autres styles de pêche dans ma jeunesse,  avant de venir à ma passion actuelle, lassé par le reste…

Par ailleurs, pour ceux qui s’intéressent à l’actualité de nos rivières (une grande majorité d’entre nous à n’en pas douter), avec les nombreuses agressions qui leur sont infligées comme les dégâts causés par l’hydroélectricité, je pense en particulier à la catastrophe survenue l’hiver dernier sur la haute Dordogne, la réalisation d’inventaires ponctuels de la microfaune de nos cours d’eau officialisés dans le cadre de la détermination de l’IBGN (Indice Biologique Global Normalisé) et pratiqués sur des points sensibles (aval direct de retenues hydroélectriques, exutoires industriels et stations d’épuration douteuses…), nous permettrait peut-être de faire pencher la balance en notre faveur en cas de préjudice subi (par comparaison entre deux inventaires pratiqués avant et après les faits préjudiciables constatés)… C’est une idée, mais ceci est autre histoire…

Pour ceux qui souhaiteraient éventuellement découvrir cette activité et effectuer une première collecte, je suis à votre disposition pour de plus amples informations, dans la limite de mes capacités bien entendu…

Alors lancez-vous, et peut-être que vous y prendrez goût…