Les insectes au fil des saisons…

La saison 2015 de pêche à la mouche en rivière arrivant bientôt à terme, pour ce qui me concerne en tout cas, puisque je vais sous peu remiser la canne à mouche pour ressortir l’étau de montage jusqu’à l’ouverture prochaine; j’avais envie en ce début de trêve halieutique de vous exposer quelques clichés d’insectes adultes effectués au cours de sorties de pêche afin de vous présenter quelques unes des espèces ou des genres (si identification jusqu’à l’espèce improbable pour raisons diverses) les plus courants rencontrés sur les rivières limousines mais également observables sur de nombreux cours d’eau aux quatre coins de l’hexagone (en fonction des affinités géologiques, physico-chimiques… entre cours d’eau ou même climatiques entre régions).

Pour la grande majorité des moucheurs confirmés qui liront cet article, vous n’apprendrez rien de bien nouveau en visionnant ces photos, la plupart des individus exposés ci-dessous étant déjà familiers de nous tous, ou presque, au moins visuellement si le nom vous est inconnu… Pour les moins assidus, cette petite présentation devrait vous permettre d’obtenir quelques pistes d’identification concernant des insectes déjà observés au bord de l’eau, même si la détermination précise jusqu’à l’espèce, ou même du genre parfois, à l’œil nu s’avère très souvent hasardeuse; certains des insectes photographiés ici ayant d’ailleurs fait l’objet d’une étude sous appareil d’observation avant identification complète.

Toutefois la détermination du genre et même de la famille d’appartenance apportent déjà des indications sérieuses sur les mœurs de tel ou tel insecte, en reliant les informations obtenues par biais divers (ouvrages spécialisés, concours OPIE-BENTHOS) grâce au rang aux observations faites au bord de l’eau. Cela s’avère très utile pour comprendre notamment le comportement de nos chers salmonidés lors de leurs périodes d’alimentation… Pourquoi pêcher en noyée lors d’émergences d’heptagénéidés? Quel intérêt d’utiliser des émergentes engluées dans la pellicule? Pourquoi un subsedge est-il préférable à un sedge classique dans certains cas? Quand utiliser un spent d’éphémère et pour quelles espèces?…

Je me contenterai d’énumérer les insectes par ordre chronologique de leur période de vol, bien que très aléatoire, car de nombreuses espèces peuvent se côtoyer au stade ailé; certaines ayant des périodes de vol très étalées, d’autres bien plus courtes, et ce pour les trois ordres principaux ayant un cycle de développement mixte aquatique et aérien (éphéméroptères, plécoptères et trichoptères), histoire de revivre en quelque sorte le déroulement d’une saison de PALM au fil des saisons. J’ai ajouté également quelques photos (prises sur le vif!) d’individus avec leur imitation classique côte à côte; certes il ne s’agit pas de montages réalistes, mais de montages suffisamment ressemblants tout en étant pêchants et efficaces (c’est quand même la finalité!).

De nombreuses espèces ne figureront pas dans cet exposé, loin d’être exhaustif, mais là n’est pas le but… Il ne s’agit que d’un petit aperçu de la biodiversité existante en matière d’entomologie aquatique destiné à vous donner un peu de matière à étudier… Et il reste encore beaucoup à découvrir sur le plan scientifique!!! Une étude personnelle concernant les éphéméroptères en Limousin incluant une présentation générale suivie d’une description détaillée agrémentée de photos à chaque stade de développement des principaux genres et espèces est en cours d’élaboration …

Bon visionnage!

Pour commencer, Baetis rhodani, la star du début de saison! Très commune sur l’ensemble des rivières françaises, également présente en fin de saison avec une seconde génération…

Vol: février à avril

sub rhod

imitat rho

Rhithrogena germanica, la fameuse March Brown, bien représentée sur la Dordogne et la basse Corrèze également dès le mois de mars. Une valeur sûre pour sortir les grosses truites de leur léthargie hivernale lors d’émergences massives …

Vol: février à avril

MB.

 

Le genre Epeorus (2 espèces majoritaires), relativement précoce sur toutes les rivières courantes de la région, y compris sur le plateau de Millevaches. Souvent confondu avec les genres Ecdyonurus et Rhithrogena appartenant à la même famille…

Vol: mars à juin essentiellement

sub fem E. As-001

Les petits perlidés sombres de début de saison notamment, avec les genres Nemoura, Protonemura, Leuctra, et Brachyptera… On les rencontre régulièrement sur les rochers et la végétation rivulaire de nos cours d’eau limousins… Un signe indéniable de qualité des eaux!

Vol: toute la saison, voire même en hiver en fonction des genres et espèces

imit prot mey-001

imit Br risi-001

Brachycentrus subnubilus, ou cul-vert en raison de la masse ovifère d’un vert soutenu à l’extrémité de l’abdomen des femelles… Les remontées (vol de compensation) sont véritablement spectaculaires sur la Dordogne. Un des premiers trichoptères à faire son apparition en grande pompe. La larve avec étui (dite éruciforme) construit ce dernier à partir de débris végétaux généralement tout en se fixant sur un support (tige végétale, bois, pierre) pour éviter la dérive…

Vol: avril à mai

culvert

brachycentrus subnubilus femelle et son imitation.

Rhithrogena semicolorata, petite sœur de notre March Brown, également très répandue. Confusion possible avec les « olives » regroupant le genre Baetis, en raison de sa teinte verdâtre au stade subimago et sa taille similaire, bien que très différente même à l’œil nu…

Vol: avril à juillet

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

imit im R. sem-001

imit spent R. sem-001

La famille Leptophlebiidae, avec ses deux principaux représentants, Paraleptophlebia submarginata et Habroleptoides confusa, dont la confusion est également possible. Bien que quasi absentes de la surface de par leur mode d’émergence, ces deux espèces tapissent souvent la ripisylve de nos cours d’eau à l’aplomb même des berges au début du printemps, en toute discrétion, phénomène visible pour qui sait prendre le temps d’observer…

Vol: avril à septembre

Sub P.sub

Sub H.confusa

Le genre Ecdyonurus, avec en tête de cortège Ecdyonurus venovus, de la taille d’une mouche de mai et remarquable au vol pendulaire des imagos mâles précédant l’accouplement. Cette danse nuptiale est caractéristique de nombreuses espèces de cette  même famille (Heptageniidae). D’autres espèces du même genre la côtoient, jusqu’en début d’automne parfois…

Vol: avril à octobre suivant les espèces

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les petits perlidés clairs olives et jaunes,  en particulier les genres Isoperla et Siphonoperla, marquent l’arrivée des beaux jours avec leur teinte chatoyante…

Vol: mai à août

S.torrentium

I.gram

imit sip tor-001

Les grandes perles représentées essentiellement par Perla marginata et Dinocras cephalotes , deux géantes en étroite concurrence sur les rivières bien oxygénées au fond tapissé de galets et de pierres.
Les adultes s’apparentent à de véritables hors-bords lorsqu’ils nagent en surface. La distinction entre ces deux espèces est plus facilement observable au stade larvaire grâce aux motifs ornant la tête, même si ce n’est pas toujours flagrant…

Vol: mai à août

P.marginata

P.marg

D ceph

Les baétidés ou « olives » de manière générale,  la liste est très longue… Citons en particulier Baetis fuscatus, Baetis scambus, Baetis niger parmi les plus courantes. La distinction entre espèces de cette même famille est vraiment subtile, pratiquement impossible sans appareil d’observation, malgré certains critères anatomiques visibles suivant les cas (couleur des yeux et de l’abdomen des imagos mâles)…

Vol: mai à novembre suivant les espèces

B.fusmale

B.fuscatus

B scammale

B scamfem

Le printemps marque l’arrivée de nombreuses familles de trichoptères, notamment les sedges gris et bruns. Citons notamment Odontocerum albicorne, de taille assez imposante et très élégant avec ses longues antennes annelées et ses ailes aux nervures bien marquées. La larve avec étui (éruciforme) est reconnaissable à son étui conique légèrement arqué constitué de petits grains de sable agglomérés…

Vol: mai à août

O.albicorne

Le genre Hydropsyche, regroupant de nombreuses espèces, est extrêmement commun sur la Dordogne en particulier, notamment en fin de journée où la lumière déclinante est le phénomène déclencheur de l’émergence, au point parfois de tapisser nos waders en plein coup du soir! La larve libre (sans fourreau, dite campodéiforme) est très visible sous les pierres du lit des cours d’eau où elle côtoie sa proche cousine Rhyacophila…

Vol: mai à octobre

hydrop

PENTAX Image

 

Le genre Rhyacophila est facilement identifiable au stade larvaire (campodéiforme), de couleur verdâtre, rendant sa confusion impossible avec un autre genre. Cette teinte est encore souvent visible sur l’abdomen des adultes, notamment Rhyacophila dorsalis, très répandue…

Vol: mai à octobre

Rhyaco

larves rhyacophilas

Le genre Philopotamus (campodéiforme), notamment Philopotamus Montanus repérable à ses ailes particulières pigmentées de jaune, est localisé principalement sur les têtes de bassin et petits cours d’eau de moyenne montagne (plateau de Millevaches), où il abonde colonisant la végétation rivulaire…

Vol: avril à octobre

philop

PENTAX Image

De retour avec les éphéméroptères, citons Ephemerella ignita, constituant avec les baétidés le groupe des « olives » (la teinte olivâtre comparable à celle du fruit au stade subimago en est à l’origine), bien que n’appartenant pas au genre Baetis, est très commune sur les bassins intermédiaires. On la distingue facilement des baétidés grâce à la présence d’ailes postérieures beaucoup plus développées que chez ses cousines…

Vol: mai à novembre

PENTAX Image

La renommée sulfure, Heptagenia sulfurea, dont la subimago est de couleur jaune soufre, est répandue sur tous les cours d’eau de la région sans exception, tant que le courant est suffisant pour assurer l’oxygénation de ses larves, condition indispensable à toutes les larves de cette grande famille (Heptageniidae). Un constat personnel, son intérêt sur le plan halieutique semble cependant assez limité comparativement à d’autres espèces d’éphéméroptères émergeant pendant la même période, mais cette remarque n’engage que moi…

Vol: mai à septembre

sulfure

Ephemera danica, ou mouche de mai (bien que l’expression mouche de juin aurait été plus adéquate),  l’emblême de la pêche à la mouche par excellence tout aussi remarquable par sa taille que par son élégance, représente en quelque sorte l’apogée de la pêche en sèche et nous rappelle à tous des moments fabuleux lors d’émergences massives où les salmonidés se montrent généralement peu hostiles aux grosses imitations. Sa soeur jumelle Ephemera vulgata très semblable est plutôt rare par chez nous, bien qu’assez commune en région Auvergne…

Vol: mai à juillet principalement

e.danica

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

imita e.dan-001

Oligoneuriella rhenana (manne grise) à ne pas confondre avec Ephoron virgo (manne blanche) sont toutes deux présentes sur la Dordogne, bien que les apparitions de la seconde soient beaucoup plus rares et localisées bien plus en aval que la première. Oligoneuriella rhenana est également observable sur de nombreux cours d’eau du Limousin, à l’exception des têtes de bassin, en toute fin de journée, déclenchant parfois des moments de frénésie intense chez les salmonidés jusque tard dans la soirée. Trouver l’imitation adéquate est une autre histoire…

Vol: juillet à septembre

ol rh

e.virgo

Les sedges roux, parmi lesquels figure le genre Anabolia entre autres, sont très abondants surtout en fin de saison, de la petite rivière du plateau jusqu’à la grande Dordogne…

Vol: mai à octobre de manière générale avec un pic en arrière saison

sedge roux

Je terminerai mon exposé par ce petit duo de hanneton des fougères (babarotte) avec son imitation, rien à voir avec les ordres précédents puisqu’il s’agit d’un coléopère terrestre n’ayant pas de cycle larvaire aquatique contrairement à tous les insectes présentés auparavant, mais sa présence non négligeable sur certains cours d’eau et secteurs géographiques de la région (au même titre que Bibio marci parmi beaucoup d’autres… ) justifiait qu’il soit ici mentionné…

imit babarotte-001

En espérant que ce rapide tour d’horizon des insectes rencontrés au bord de nos rivières limousines et d’ailleurs vous donne envie d’en savoir davantage et d’apprendre à les connaître un peu mieux… Ils le méritent bien!

Veuillez excuser la piètre qualité de certaines photos, celles-ci ayant été réalisées a l’aide de simples appareils numériques facilement transportables dans une poche du gilet de pêche, les conditions du moment n’étant pas toujours propices à la macrophotographie avec ce genre d’appareil…

Pour ceux qui souhaiteraient éventuellement de plus amples informations (au moins les basiques permettant la reconnaissance à l’œil nu) sur la détermination des familles, genres et espèces des principaux ordres,  vous pouvez me contacter par MP …

De nouveaux articles traitant d’entomologie aquatique  suivront, dans les mois à venir…

 

 

 

 

Séjour en Lozère fin juin

Je suis de retour en Limousin après une petite semaine passée en Lozère la dernière semaine de juin.

Ce département est sans conteste une des plus belles destinations PALM au sein de l’hexagone, et ce n’est pas le paiement des 17€ correspondant à la cotisation Lozère permettant aux pêcheurs extérieurs de pratiquer  au sein du département pendant sept jours consécutifs (pas de réciprocité avec le club halieutique et l’ EHGO) qui va nous dissuader d’y pêcher, surtout quand on est passionné et que l’on est un amoureux de la nature… Il faut dire que la Lozère réunit tout ce qu’un pêcheur à la mouche peut rechercher, des rivières saines très variées (il y en a pour tous les goûts: sèche à vue,  pêche rapide de postes en sèche, pêche de bordures en sèche, nymphe casquée  fil tendu en rivière rapide, nymphe lègère…)  s’écoulant dans un cadre nature préservé, au coeur de paysages tout autant diversifiés (Aubrac, Margéride, Cévennes et Causses…), avec une gestion patrimoniale exemplaire.

Cantonné au camping de Langogne à la limite de l’Ardèche au bord même de l’Allier (la rivière passant à une dizaine de mètres de ma tente), je n’ai malheureusement pas pu exploiter toutes les possibilités du département en raison de ma situation géographique m’éloignant considérablement du Bès,  de la Truyère, du Tarn et des Gardons cévenols, ayant été obligé au dernier moment de changer mon point de chute. J’ai déjà fait plusieurs séjours en Lozère mais je n’ai toujours pas eu l’opportunité de pêcher les rivières du sud-est (Tarn et Gardons principalement).

Bref celà ne m’a pas empêché de pratiquer mon loisir favori et de me régaler comme jamais auparavant… Sept jours de pêche consécutifs (en moyenne 6 heures par jour) avec des hauts et des bas en fonction du lieu de pêche et des conditions du moment, comme partout.

Tout d’abord je plante le décor; ma tente et face à moi au réveil au petit matin le haut Allier et les prairies ardéchoises (l’Allier faisant office de frontière départementale). Comment rêver mieux…

 

RIMG1263

RIMG1268

A ce niveau l’Allier est très limpide et très riche en invertébrés aquatiques de toute sorte, avec une bonne densité de poissons comme j’ai pu le vérifier lors de mes sorties de pêche.

 

Ayant eu des journées relativement chaudes et ensoleillées avec la plupart du temps un vent du nord soufflant à longueur de journée, la pêche en journée n’a pas été très prolifique, les poissons étant calés dans leur cache, les eaux claires ne facilitant pas la tâche… Quelques poissons en sèche le long des bordures rivulaires ombragées me permettaient de patienter jusqu’au coup du soir, avec de minuscules imitations d’éphémères et de diptères, la surface étant totalement vide de tout insecte…

RIMG1342

RIMG1343

Le soir venu, il fallait véritablement patienter jusqu’ après 21h pour voir les premiers gobages, en particulier dans les courants, les lisses s’avérant plutôt exempt d’activité même tard dans la soirée, en tous cas sur les secteurs prospectés. Puis jusqu’à 22h/22h30 c’était l’euphorie totale, en pêchant les veines d’eau avec des  imitations de type parachutes (pour la vision dans l’obscurité) d’Ecdyonurus de couleur roux. Les imagos d’ecdyo se mêlant à ceux de mouche de mai, de Rhithrogena… Et aux  trichoptères divers, en particulier le genre Hydropsyche  qui émergeait en masse dès le début du crépuscule, laissant au petit matin des centaines d’exuvies collées aux galets ou accumulées le long des bordures à l’abri du courant (ce genre est également très présent en Limousin et notamment sur la Dordogne en cette saison). En voici un, engourdi au petit matin dans la végétation rivulaire:

RIMG1382

Plusieurs heures d’attente pour 45 à 60 minutes maxi de plaisir intense, celà en valait bien la peine (frontale obligatoire pour remonter à la voiture)!

Un exemple de spot au coup du soir, juste en-dessous du confluent avec l’Espezonnette, quelques km en amont de Langogne, des gorges assez dégagées alternant lisses et courants avec ses plages de sable et de galets et des zones plus profondes à géologie variée (schiste, granit et basalte) avec suffisamment de clarté pour les coups du soir, l’endroit laisse songeur…

RIMG1349

RIMG1437

RIMG1442RIMG1336

Pas de gros poisson record pris, la plupart des prises s’échelonnant entre 20 et 26 cm, seule une belle de 32cm à la nuit tombée…

RIMG1453

De beaux spots en amont de l’Espezonnette également, mais la rivière est un peu moins large. Un détail important, le haut Allier est vraiment propice aux coups du soir en raison de rives bien dégagées, en comparaison de nos rivières limousines à la ripisylve foisonnante…

Le nokill de Langogne s’est avéré moins interessant car en dépit de nombreuses truites, la présence de tacons (jusqu’à 25cm) vient quelque peu troubler la pêche. Je n’ai malheureusement pas eu l’opportunité de toucher un seul ombre sur l’Allier, malgré leur présence en aval de Langogne…

Un coup du soir vers Le Nouveau Monde, un petit village qui en dit long sur le paysage environnant et sur le caractère sauvage des gorges de l’Allier à l’entrée dans le département de la Haute Loire, m’a permis d’apprécier la diversité et la richesse des eaux de l’Allier en invertébrés de toutes sortes, gage de la qualité des eaux… Je vous passe les détails, juste un petit cliché sur l’émergence imminente d’ Oligoneuriella rhenana (ici des nymphes matures sur le point d’émerger), ou manne blanche, le mois de juillet étant généralement la période la plus propice à cette espèce, mais je suis parti trop tôt de Lozère pour assister aux premiers vols…

RIMG1407

Une truite prise au coup du soir sur un lisse…

RIMG1288

L’Allier au pont du Nouveau Monde.

RIMG1269

J’ai par ailleurs pêché le Chapeauroux, une pêche de poste intéressante à l’aide parachutes (eaux sombres compliquant la visibilité de la mouche surtout dans les courants) en particulier dans sa partie basse proche du confluent avec l’Allier, un seul ombret touché, le seul de tout le séjour, dommage… Les eaux teintées couleur thé du Chapeauroux trahissent son origine et la traversée de multiples tourbières dans son cours amont et intermédiaire… Une rivière qui me rappelle beaucoup nos rivières du plateau de Millevaches…

RIMG1392

RIMG1280

RIMG1273

RIMG1389

A cours de certains modèles de mouches il m’a fallu consacrer quelques heures un matin afin de ne pas manquer de mouches au bord de l’eau dans le feu de l’action, ce serait vraiment dommage… Petite séance improvisée sous la tente…

RIMG1316

Je ne pouvais pas quitter la Lozère sans faire une ou deux sorties sur le Lot juste à l’entrée de mende et sur ce fameux nokill urbain, l’ayant déjà pêché lors de séjours passés. Il est toujours à la hauteur de sa réputation avec là aussi quelques poissons de taille modeste certes, mais procurant énormément de plaisir à pêcher en nymphe légère (sur billes tungstene diam 2) montées sur des pointes fines dans les petits courants à l’ombre des bordures (partie amont du nokill)… La rivière ayant déjà atteint son débit d’étiage alors que l’été est à peine commencé… Plutôt mauvais signe!

 

RIMG1313

RIMG1312

 

RIMG1314

Juste en amont de Mende, le Lot au fond beaucoup plus propre (pas encore encombré de détritus divers comme dans la traversée de Mende, même si ce n’est qu’une pollution visuelle, sans grande incidence sur le milieu), la pêche semblait plus difficile. De grands lisses avec une bordure ombragée plongeante permettaient en pleine journée d’attaquer les poissons en sèche à vue sur de longues pointes fines avec de minuscules imitations, à condition de soigner l’approche et de limiter la propagation des ondes néfastes en surface…
RIMG1420

La plus belle prise du secteur à vue, à peine 30cm mais une robe de toute beauté et grasse à souhait comme toutes ses congénères…

RIMG1428

RIMG1430

Stationné à la frontière de l’Ardèche et de la Haute-Loire, je me devais de faire un saut sur la Loire en aval d’Issarlès (ayant pêché les sources l’année précédente vers ST Eulalie). Je me suis donc dirigé vers Goudet, une petite commune de Haute-Loire avec son chateau pittoresque dans un cadre idyllique pour y tremper ma soie.

Un nokill est en place à l’entrée de la commune mais j’ai préféré descendre à pied plus en aval sur les recommandations de pêcheurs au toc sous prétexte que la rivière était plus ombragée. La pêche en sèche s’avérant infructueuse, j’ai donc remplacé ma mouche par une petite nymphe légère pour essayer de sauver le capot… De rares poissons m’ont sauvé la mise, de taille moindre mais à la robe typique à cette rivière, un plaisir pour les yeux… Il y a sûrement mieux à faire, je reviendrai dans les environs c’est certain…

RIMG1408

RIMG1410

Le dernier jour venu, je me suis arrêté sur le chemin du retour sur la Colagne, un affluent du Lot, entre Chirac et Marvejols afin de pêcher le nokill… Là aussi, des niveaux très bas, et la chaleur couplée à l’excés de lumière en pleine journée m’ont plutôt compliqué la tâche. Une pêche sympa tout de même essentiellement en sèche à vue et en nymphe légère qui m’a rapporté quelques poissons tout au long de l’après-midi, discrétion dans l’approche indispensable .

RIMG1460

RIMG1462

RIMG1463

RIMG1461

Loin d’être exhaustif, ce petit tour de quelques rivières  lozériennes et proche Lozère, m’a permis une fois de plus de me rendre compte de la richesse  et de la diversité de notre réseau hydrographique français, tant sur le plan halieutique (avec des robes de truites très contrastées suivant la rivière et de manière plus large le bassin versant, on le voit clairement sur les photos), que sur le plan entomologique (les trois ordres principaux d’insectes aquatiques, éphéméroptères, plécoptères et trichoptères sont largement représentés sur l’ensemble des rivières du département particulièrement en cette période, sur certaines plus que d’autres, avec quelques variations et prédominances de certaines familles  en fonction des caractéristiques du cours d’eau). Les tailles des poissons restent très moyennes, en dépit de la présence de beaux poissons, mais ce n’est pas forcément le but recherché…

En attendant ma prochaine semaine de vacances PALM fin aout, je ne sais pas encore où, je vais profiter de l’été pour taquiner les salmonidés de mon Limousin un peu partout en particulier lors des coups du soir, dans cette ambiance magique où la rivière s’éveille après les fortes chaleurs de la journée…

Vivement le weekend!!!

 

 

 

 

Découvrir l’entomologie aquatique avec l’Opie Benthos…

RIMG1140

 

Voici un  article relativement détaillé destiné à tous ceux qui s’intéressent à l’entomologie mais qui ne savent pas comment faire pour se perfectionner dans cette discipline passionnante et extrêmement riche d’enseignement pour la pratique de notre passion, comme pour la connaissance des écosystèmes aquatiques…

Je ne vais pas rentrer dans les détails en vous présentant les principaux ordres, familles, genres ou espèces avec leur cycle de développement. L’idéal est de se procurer un ouvrage spécifique pour se familiariser avec les bases de la discipline, et surfer sur le net pour trouver les informations basiques sur différents sites et blogs… A citer notamment cet ouvrage qui fait référence en la matière et relativement complet,  Le guide entomologique du pêcheur à la mouche  par trois auteurs W. Reisinger, E. Bauernfeind et E. Loidl, Collection Pêches sportives, Editions La vie du Rail. Une nouvelle édition, plus complète, a vu le jour depuis 2008. Cet ouvrage se trouve également d’occasion et reste à un prix abordable (moins de 100€).

Une fois les connaissances de base théoriques acquises, à savoir être capable de reconnaître un éphéméroptère, un plécoptère et un trichoptère, les trois ordres principaux  d’origine aquatique rencontrés couramment au bord de l’eau et évoqués dans le cadre de la pêche à la mouche, avec quelques notions sur leur mode de développement, vous pouvez vous lancer dans cette démarche et consacrer une à deux heures occasionnellement avant une sortie de pêche pour collecter quelques échantillons  à différents stades (larvaire, nymphal, subimago, imago). Si vous pratiquez toute la saison de l’ouverture à la fermeture (également possible au cœur de l’hiver essentiellement chez les plécoptères), vous vous rendrez compte que sur une même rivière, la vie évolue et les espèces en tout genre se succèdent au rythme des saisons. De même, les caractéristiques physico-chimiques, la nature des substrats, l’oxygénation… vont largement influencer la nature des espèces présentes. Deux rivières déversant leur flot dans un même secteur géographique et appartenant au même bassin versant peuvent ainsi abriter des espèces différentes avec des exigences propres à chacune d’elles, en fonction des caractéristiques du cours d’eau…C’est également un excellent moyen de se faire une idée sur la qualité du milieu (détermination de l’indice biotique d’une rivière).

L’Opie Benthos (http://www.opie-benthos.fr ) a lancé un inventaire destiné à recencer toutes les espèces présentes sur l’ensemble des rivières françaises pour les trois ordres aquatiques. Tout le monde peut y adhérer pour une contribution modique (inscription inférieure à 20€) et participer à cet inventaire tout en élargissant le champs de ses connaissances…

Je vous présente ici ma méthode de prélèvement, peut-être assez contraignante au premier abord puisqu’elle nécessite d’y consacrer un peu de temps au bord de l’eau et à la maison, mais c’est à ce prix qu’on progresse. De nombreux collecteurs (et pas uniquement des pêcheurs!) se contentent simplement de prélever et de placer directement les individus dans des tubes, sans photos, notes ou archivage, certes c’est beaucoup plus rapide, mais sans grande utilité pour la connaissance personnelle… La possession d’un appareil d’observation, microscope ou loupe binoculaire, est un atout considérable permettant de pousser l’identification jusqu’à l’espèce, chose bien souvent impossible à l’œil nu, mais ce n’est pas systématique. Les spécialistes (Michel Brulin pour les éphéméroptères, Jacques le Doare pour les plécoptères et Gennaro Coppa pour les trichoptères) de l’Opie-Benthos, très compétents, se chargeront d’établir une diagnose pour chacun de vos prélèvements, puis de vous communiquer leurs résultats suite à leurs observations. Très coopérants, ils pourront même vous apporter quelques petits commentaires par mail corroborant leurs observations si vous leur demandez…

Pour ceux qui auraient envie et les moyens de se munir d’un appareil d’observation, il y a un ouvrage indispensable à posséder où sont répertoriées toutes les clés de détermination nécessaires à la définition des échantillons prélevés, au moins jusqu’au genre, Invertébrés d’eau douce, systématique, biologie, écologie , par Henri Tachet, Editions du CNRS. Il est également possible de l’emprunter dans certaines grandes bibliothèques qui détiennent un exemplaire.

Le but de cette démarche en partenariat avec L’Opie-Benthos n’est pas de faire de vous un spécialiste de l’entomologie aquatique, mais simplement un moucheur capable d’identifier au moins les ordres (limité principalement aux trois énumérés plus haut, assez facile), puis les familles et les genres des insectes rencontrés au bord de l’eau lors d’une sortie de pêche. La définition de l’espèce reste aléatoire et ne sera pas d’un grand secours pour la pêche… Sauf si vous finissez par y prendre goût, mais dans ce dernier cas on sort du contexte halieutique pour aborder la phase scientifique, avec tout l’appareillage qu’elle nécessite dans un tout autre objectif… Il est intéressant de comprendre que chaque famille, voire genre, possède son propre cycle de vie et de développement, qui diffère de l’un à l’autre,  par le mode d’émergence, de ponte, le type de mobilité dans l’eau, le biotope, la saison… Tous les éphéméroptères n’émergent et ne pondent pas en surface contrairement à ce que beaucoup croient!  Toutes ces infos peuvent vous aider à anticiper une partie de pêche par l’observation, et à prendre les bonnes décisions sur le choix technique, tout en vous donnant le sentiment  de faire corps avec le milieu naturel dans lequel vous évoluez, n’est-ce pas là un peu le but recherché par le pêcheur à la mouche, quel que soit son niveau?

Enfin pour les férus, il y a également possibilité de « mettre en culture » toutes ces petites bestioles en constituant des mini élevages. Le principe est simple, il suffit de prélever des nymphes matures (sur le point d’émerger, autrement dit de se transformer en subimago), reconnaissables dans la majorité des cas au sac alaire (ou sac à ailes) fortement développé et à la brillance de celui-ci, et à placer ces nymphes dans une sorte d’éclosoir bricolé en reconstituant un mini biotope adapté à l’espèce étudiée à l’intérieur de ce dernier que l’on installera au bord d’un cours d’eau. Mais là nous abordons un autre sujet avec de nombreux aléas qu’il est souvent difficile de maîtriser… Cette méthode permet entre autre de faire le lien entre les stades larvaire et adulte d’une espèce particulière, parfois difficile à observer en milieu naturel… Voici un exemple type: 4 éclosoirs placés sur la Combade contenant chacun plusieurs nymphes appartenant à 4 genres différents d’éphéméroptères de la famille Heptageniidae (larves dites rhéophiles car aplaties dorso-ventralement pour résister au courant, très répandues en Limousin et faciles à observer au stade larvaire et adulte si vous prenez le temps de regarder autour de vous sous l’eau et dans les airs): Epeorus sp. (sp. car espèce non définie au-delà du genre), Ecdyonurus sp., Heptagenia sulfurea et Rhithrogena semicolorata.

DSCF1103

Contentons-nous dans l’immédiat d’une simple collecte. Voici les accessoires que j’utilise pour prélever:

– une passoire ou chinois de préférence en matière plastique (pour éviter la rouille) à maille suffisamment fine pour piéger les larves et nymphes.

– une pince de dentiste ou chirurgie type précelles à becs plats pour prélever de minuscules échantillons.

-une mini épuisette comme celles utilisées en aquariophilie pour piéger les adultes.

– des pots en verre (bocal confiture) pour stocker les larves, les couvercles permettent d’y placer les larves avec un peu d’eau pour examiner à l’œil nu et prendre des photos en mode macro.

-alcool dénaturé à 90° pour fixer les échantillons (en pharmacie). Prévoir un peu de gaz pour créer une sorte de tampon avant de refermer les tubes lors de l’envoi (amortir les chocs possibles lors de l’acheminement).

-tubes de prélèvement type analyse sanguine ou urinaire pour l’envoi des prélèvements. L’Opie Benthos peut vous dépanner pour commencer.

-thermomètre pour la température de l’eau (facultatif).

-appareil photo avec option macro pour mémoriser un visuel des échantillons (à classer dans des fichiers en lien avec les différentes collectes effectuées, en attendant de recevoir les résultats de l’Opie-Benthos et d’identifier dans une certaine mesure les échantillons).

-un carnet de note pour consigner les détails de chaque collecte numérotées: date, heure, rivière, secteur précis de la collecte, coodonnées gps, nature substrat, numéros des piluliers, contenu exact avec numéros des photos…

materiel prelevement

Une fois le matériel rassemblé, vous pouvez vous lancer dans vos premières collectes, la meilleure période se situant bien évidemment en mai/juin lorsque le nombre d’espèces est le plus important, et ce à tous les stades de développement. Mais vous pouvez le faire dès l’ouverture mi mars, l’éventail est moins large, sachant que vous trouverez peu d’espèces au stade adulte, les larves et nymphes sont en revanche bien présentes au fond de l’eau… L’idéal est de collecter régulièrement tout au long de la saison, afin d’avoir un échantillonnage global d’une majorité d’espèces (il est tres difficile d’être exhaustif dans ses prélèvements à moins peut-être de passer 24 heures sur 24 au bord de l’eau!) et observer ainsi un maximum d’espèces pour se constituer une banque de données digne d’intérêt. N’oublions pas que la plupart des espèces toutes familles confondues ne sont observables à l’état adulte que sur une période bien définie, parfois relativement courte (15 jours à 1 mois chez Oligoneuriella rhenana surnommée manne blanche) ou très étendue (mai à octobre chez Heptagenia sulfurea plus connue sous le nom de sulfure…). Une dernière chose, si les éphéméroptères et plécoptères sont bien présents en début de saison au stade adulte, même timidement, les trichoptères (hormis de rares espèces comme Brachycentrus subnubilus ou cul-vert visible dès avril) ne se montrent réellement qu’à partir de mai, voire juin,  sachant que cet ordre est celui qui compte pourtant le plus grand nombre d’espèces sur les trois.

Voici quelques recommandations sur la manière de procéder, mais libre à chacun de faire comme il l’entend. Nous restons toujours dans un cadre de pur amateurisme, dans le seul but de progresser sur la connaissance des insectes. Un entomologiste chevronné et investi procèdera de manière différente et plus contraignante. Bien souvent, notre collecte se déroulera dans le cadre d’une sortie de pêche, juste avant ou pendant la pêche… Au gré des rencontres, parfois inattendues!!! Une à deux heures suffisent pour prélever, en fonction bien entendu de la météo et des conditions du moment.

1/Sur le terrain:

-Déterminer la station de prélèvement (normalisée sous le ratio suivant: 100m de long pour 10m de large):

Proche d’un point d’accès si possible, pour la facilité, en essayant de privilégier la variété des substrats (sable, cailloux, galets, grois blocs, racines, herbiers…) pour une plus grande richesse des espèces. Privilégier les eaux peu profondes. Eviter les secteurs en aval direct de rejets divers (station épuration, rejets industriels, domestiques, égouts non reliés au réseau d’assainissement) pouvant fausser la richesse halieutique réelle du cours d’eau.

-Collecte au stade aquatique (larves et nymphes):

Soulever délicatement les supports immergés en tenant la passoire en aval du support pour recueillir les individus ou gratter avec celle-ci les abords de rochers, racines, herbiers… Puis reccueillir ceux-ci avec la pince un par un sans trop serrer et les déposer dans un pot en verre rempli à moitié d’eau.

Il suffit ensuite de les trier comme bon vous semble en les plaçant dans un couvercle avec un peu d’eau pour les observer de plus près et les photographier éventuellement.

RIMG0424

Placez-les ensuite encore vivants dans un tube rempli d’alcool à 90° pour les fixer (certes c’est un peu barbare!). Vous pourrez les retrier plus tranquillement chez vous en essayant de ne pas mélanger les ordres pour l’envoi de l’échantillonnage.

-Collecte au stade adulte (subimagos et imagos):

Prenez la peine de vous servir d’une mini épuisette pour les piéger en vol. Utilisez également les pinces pour les placer dans les tubes d’alcool après examen à l’oeil nu et photo. Vous pouvez également prospecter la végétation rivulaire, extrêmement riche en insectes adultes de toutes sortes.

2/De retour à la maison:

Le travail d’archivage se fait chez soi. Il est nécessaire de changer l’alcool dans les tubes au bout de 24 à 48 heures une fois que les prélèvements ont rendu l’eau emmagasinnée. Préparez les tubes définitifs après avoir effectué votre tri final pour l’envoi (par exemple, un tube de plécoptères nymphes, un tube d’éphéméroptères adultes…) toujours en prenant soin de ne pas mélanger les ordres si possible car ils seront étudiés par des spécialistes différents chacun de leur côté.

RIMG0404

Une chose importante, lorsque vous vous décidez  à effectuer une collecte sur une rivière définie, cette collecte correspondra à une station de prélèvement. Autrement dit, s’il vous arrive de changer de rivière pour pêcher et que vous prélevez de nouveau sur cette rivière, il s’agira dans ce cas d’une seconde station, et il vous sera nécessaire de prendre un nouveau tube. Il est important de ne pas mélanger les individus de deux stations différentes sous peine de fausser l’inventaire, pour nous pêcheurs c’est sans grande importance, mais sur le plan scientifique pour l’Opie c’est primordial…

Une fois le tube rempli, en prenant soin que les individus ne soient pas trop tassés, introduisez une petite étiquette en papier bristol avec votre numéro de pilulier (à 7 chiffres: composé de votre numéro  de collecteur à 4 chiffres fourni par l’Opie et du numéro de pilulier à 3 chiffres défini par vous-même) écrit au crayon à papier, pas au stylo (l’encre est dissoute par l’alcool). Avant de refermer le tube, placez un petit morceau de gaz en guise de tampon, et scotcher le capuchon avec un peu de chatterton pour limiter les fuites pendant le voyage.

RIMG0405

Avant de passer à un autre tube, consignez vos notes dans votre carnet, date, rivière,  site exact (aidez vous de Géoportail), température, conditions météo, coodonnées GPS (facultatif) et le contenu  de chaque tube. Si vous êtes incapable de définir le genre et l’espèce, décrivez les individus comme vous pouvez, en fonction de la taille, de la couleur, des motifs des ailes et du corps… Le sexe, l’ordre, voire la famille sont généralement facilement identifiables et à la portée de tout collecteur ayant acquis les connaissances basiques de l’entomologie aquatique. N’oubliez pas les quantités pour chaque  espèce que vous croyez identifier, en ajoutant si possible les références des photos en macro pour garder un visuel (indispensable pour faire le lien avec les résultats de l’Opie, c’est ce qui vous permettra de progresser dans l’identification partielle des espèces rencontrées au bord de l’eau).

RIMG1158

Procédez ainsi pour chaque tube, en n’oubliant pas d’entamer une nouvelle page s’il s’agit d’une nouvelle station (autre lieu, heure, site de prélèvement, température…).

Voilà pour ce qui est de vos notes personnelles, il vous faut maintenant remplir les fiches de l’Opie (fournies lors de votre inscription) à envoyer avec les tubes afin de permettre aux différents spécialistes d’identifier vos collectes. Il suffit de retranscrire les informations répertoriées dans votre carnet, en y ajoutant quelques commentaires personnels si vous en avez (forte présence d’une espèce particulière au stade adulte ou aquatique, émergence soudaine, présence d’une espèce à un endroit précis…). Il vous est également demandé de noter la nature du substrat (liste codée préalablement fournie à l’inscription),  détail important car celui-ci conditionne grandement la présence de la plupart des espèces dans un cours d’eau.

RIMG1159

Un tableau décrivant la liste complète de tous les éphéméroptères répertoriés figure sur cette fiche, vous pouvez y reporter vos collectes en suivant les indications (I pour imago, L pour larvaire  avec quantités…). Ce n’est qu’à titre indicatif (pas de tableau pour les deux autres ordres), juste pour comparer vos observations à celles des spécialistes.

RIMG1160

Ceci fait, introduisez tous les tubes dans une enveloppe à bulles (dans l’idéal) ou autre colis en essayant de les caler au maximum, avec les fiches récapitulatives de l’Opie. Il peut y avoir plusieurs fiches correspondant à plusieurs stations sans problèmes, les tubes étant identifiés par leur étiquette et répertoriés par station de prélèvement sur chaque fiche. Notez l’adresse et expédiez le tout.

Lors de l’étude des prélèvements,  il est bien souvent impossible, même pour des spécialistes équipés de moyens techniques performants, de définir avec certitude l’individu examiné (insecte abîmé ou détails anatomiques difficilement observables), dans ce cas nous devrons nous contenter du genre sans l’espèce (ex: Ecdyonurus sp.), ce qui pour nous simples pêcheurs, est amplement suffisant dans le cadre de notre discipline… Il est toujours intéressant de connaître précisément quelles sont les espèces qui côtoient nos rivières, et de pouvoir comparer les peuplements d’un cours d’eau à l’autre dans un même secteur géographique.

Les résultats des observations sont répertoriés sous forme de fiche  communiquées par mail, avec la date, la rivière, le site, le n° de pilulier pour chaque espèce ou genre déterminé.

RIMG1163

Ces résultats viendront peut-être enrichir les données de l’inventaire de l’Opie si personne ne l’a fait avant vous. Mais surtout vous aurez probablement l’opportunité d’apprendre quelque chose d’intéressant et de sortir du pur cadre technique de la pêche à la mouche, parfois rébarbatif… C’est véritablement ce qui fait le charme de la pêche à la mouche, cette opportunité d’observer au coeur de lieux privilégiés et préservés, plus que dans toute autre technique de pêche, ayant moi-même pratiqué d’autres styles de pêche dans ma jeunesse,  avant de venir à ma passion actuelle, lassé par le reste…

Par ailleurs, pour ceux qui s’intéressent à l’actualité de nos rivières (une grande majorité d’entre nous à n’en pas douter), avec les nombreuses agressions qui leur sont infligées comme les dégâts causés par l’hydroélectricité, je pense en particulier à la catastrophe survenue l’hiver dernier sur la haute Dordogne, la réalisation d’inventaires ponctuels de la microfaune de nos cours d’eau officialisés dans le cadre de la détermination de l’IBGN (Indice Biologique Global Normalisé) et pratiqués sur des points sensibles (aval direct de retenues hydroélectriques, exutoires industriels et stations d’épuration douteuses…), nous permettrait peut-être de faire pencher la balance en notre faveur en cas de préjudice subi (par comparaison entre deux inventaires pratiqués avant et après les faits préjudiciables constatés)… C’est une idée, mais ceci est autre histoire…

Pour ceux qui souhaiteraient éventuellement découvrir cette activité et effectuer une première collecte, je suis à votre disposition pour de plus amples informations, dans la limite de mes capacités bien entendu…

Alors lancez-vous, et peut-être que vous y prendrez goût…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Boîtes à mouches saison 2015

 

En attendant d’aller au bord de l’eau étudier ce qui s’y passe, voici un petit survol rapide des mouches artificielles de la gamme 2015 montée au cours de l’hiver passé, survol non exhaustif… Avec l’expérience des années passées, j’affine la gamme en apportant des petites améliorations d’année en année, en évitant de monter des modèles qui se recoupent, le but étant de restreindre la gamme à l’essentiel, sans pour autant manquer de modèles et pouvoir faire face à toutes les situations. Ici pas de mouches réalistes, mais des mouches pêchantes, rustiques, solides et efficaces, tout à fait adaptées aux eaux limousines. Ce sont également des modèles universels qui ont fait leurs preuves, où chaque moucheur apporte sa petite touche personnelle, sans pour autant les rendre plus efficaces…

Quelques micro-modèles également complétant la gamme, pour les cas spécifiques…

En espérant pouvoir créer quelques fiches de montage au cours de l’hiver prochain…

RIMG0180

RIMG0167

RIMG0171

RIMG1153RIMG0169

RIMG0166

RIMG0175

 

RIMG0174RIMG0172

RIMG0168RIMG0177

RIMG0162

RIMG0951

RIMG0163

RIMG0164

 

RIMG0161

 

 

Présentation

RIMG0111

Bonjour à tous,

passionné de PALM et de nature préservée au cœur de nos plus belles régions françaises, et nouvellement installé aux portes du plateau de Millevaches en Haute-Vienne, j’avais envie de faire découvrir par ce blog quelques aspects de la pêche à la mouche rarement abordés mais véritablement passionnants pour celui qui s’y intéresse, notamment l’entomologie…

Sur ce blog vous ne trouverez pas de photos de poissons records, ou même de récits de séjours pêche sur des rivières situées à l’autre bout du monde, mais simplement quelques articles destinés à promouvoir (en tout cas je l’espère!) le goût pour l’entomologie aquatique, très utile pour la pratique de la PALM, même s’il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste pour réaliser de belles pêches, mais également pour l’évaluation de la qualité d’un cours d’eau…

Par ailleurs, je souhaiterais mettre en valeur notre région, en particulier le plateau  de Millevaches, mon territoire de chasse favori, niché entre 400 et 1000m d’altitude à cheval sur les trois départements constituant le Limousin… Un petit écrin de nature préservé parcouru par une multitude de cours d’eau, certes de taille modeste, mais regorgeant de truites farios. Même si la densité a bien baissée si l’on en croit les anciens, il y a encore de quoi se faire plaisir, avec en prime des paysages naturels dignes d’intérêt, comme les tourbières, indispensables à la régulation des niveaux d’eau lors des conditions extêmes, véritable spécificité de nombreux cours d’eau naissant sur le plateau…

N’ayant que peu de temps à consacrer à l’enrichissement de ce blog, pour l’instant, j’espère tout de même susciter quelque intérêt pour notre noble passion au cœur de notre belle région limousine avec tout ce qui en fait sa spécificité…

Bonne lecture…

Collection de mouches saison 2017

Voici quelques montages plutôt basiques réalisés au cours de l’hiver et printemps derniers. Avec les années et l’expérience, on a tendance à restreindre les gammes en se contentant des grands classiques qui restent sans conteste les plus polyvalents et les plus efficaces, en se permettant de temps en temps quelques petites fantaisies…

 

À la rencontre des larves d’éphémères…

Après près d’un an de silence depuis ma dernière publication, il me semblait utile de rédiger un petit article instructif, en tout cas je l’espère (n’hésitez pas à  faire part de vos remarques bonnes ou mauvaises!), en matière d’entomologie, et plus particulièrement concernant le stade aquatique des éphéméroptères correspondant à leur phase de développement larvaire et nymphal, précédant leur émergence en tant qu’insecte adulte ailé.

En tant que moucheurs assidus ou occasionnels, nous avons régulièrement l’opportunité d’apercevoir tout au long de la saison de pêche de nombreux insectes en plein vol lors de leur émergence, de leur accouplement ou de la ponte, ou même au repos cachés dans la végétation rivulaire. En revanche, il nous est plus difficile de les observer au cours de leur cycle aquatique, à moins de prendre le temps de regarder ce qui se passe sous la surface de la rivière lors de nos parties de pêche.

Peu de moucheurs se donnent la peine de faire cet effort, prétendant que cela  est inutile (aucune incidence sur le résultat de la pêche), ou bien par manque de temps ou d’intérêt pour l’entomologie. C’est le constat que j’ai pu faire suite à de multiples discussions avec de nombreux moucheurs  quels que soient leur niveau, leur assiduité, leurs techniques de prédilection et leurs lieux de pratique… C’est bien dommage! Toutes ces personnes se privent là d’une opportunité intéressante de pouvoir évaluer la richesse de la biodiversité de nos rivières à salmonidés (éphéméroptères, plécoptères et trichoptères principalement parmi de nombreux autres groupes d’êtres vivants) d’une part, et d’établir une relation entre milieu aquatique et aérien en fonction des observations du moment (un excellent moyen d’améliorer ses connaissances environnementales sur le terrain avec l’appui d’internet et de tous les supports techniques existants à notre disposition) d’autre part.

Nous en avons tous fait l’amère expérience, en fonction de la saison, du moment de la journée, des conditions météo, de l’amplitude de température entre l’air et l’eau, et de bien d’autres facteurs, les insectes adultes sont complètement absents de la surface de l’eau et des airs. Ce constat est de plus en plus récurrent sur l’ensemble de notre beau territoire français de manière générale (notre société moderne et ses abus a sa part de responsabilité…), même lorsque les conditions semblent pourtant réunies pour de belles émergences, nous donnant l’illusion parfaite que la rivière est véritablement stérile! Fort heureusement, la réalité a un autre visage… Œufs, larves et nymphes poursuivent patiemment leur cycle de développement au cœur de la rivière, en attendant de se transformer en adultes matures dans le but ultime d’assurer le renouvellement de l’espèce.

Il est vrai que certaines périodes de l’année sont plus propices que d’autres à l’observation d’une multitude de macro-invertébrés. Mai et juin sont à ce titre les meilleurs mois pour l’observation tant sur le plan qualitatif (nombre d’espèces) que quantitatif (nombre d’individus par espèce), et ce à tous les stades de développement aquatique et aérien. Certaines espèces restent toutefois inféodées au début ou à la fin de saison et ne sont observables au cœur du printemps qu’au stade larvaire, voire pas du tout. A savoir également que de légers décalages dans les cycles peuvent également se produire d’une année à l’autre.

Au cours des lignes suivantes, je me contenterai d’une brève description des différents types de larves d’ éphéméroptères, en essayant d’aller à l’essentiel…

De manière générale, les éphéméroptères ont un cycle aquatique relativement long (de un à trois ans avec de nombreuses mues intermédiaires pouvant aller jusqu’à trente et plus chez Ephemera). La durée de vie au stade adulte en revanche s’étend suivant l’espèce de quelques heures seulement (cas des mannes grises appartenant au genre Oligoneuriella) à 3/4 jours maxi (principalement pour Ephemeridae regroupant les diverses espèces de mouches de mai).

Un petit rappel pour les novices concernant les étapes de développement des éphéméroptères ayant un cycle dit hémimétabole (comme les plécoptères), c’est-à-dire sans phase immobile au moment de la nymphose à l’inverse des trichoptères en particulier dont les larves construisent un étui pour parfaire leur transformation (cycle holométabole ). De plus, les larves d’éphémères subissent une métamorphose incomplète, c’ est-à-dire sans véritable différence sur le plan morphologique par rapport à l’adulte, contrairement aux trichoptères dont la transformation est complète (larve ressemblant plutôt à un vers et l’adulte à un petit papillon).

Le cycle est le suivant: œuf, larvule, larve, nymphe, subimago (ou émergente) et imago (spinner pour l’adulte en plein acte de reproduction et spent une fois mort le devoir accompli).

Alors que la larve, essentiellement brouteuse, a besoin de s’alimenter afin d’assurer sa croissance par des mues successives, l’adulte (subimago et imago) cesse complètement de se nourrir pour se consacrer pleinement à la reproduction car il ne lui reste désormais que peu de temps à vivre!

Les larves d’éphéméroptères peuvent être classifiées grossièrement dans quatre catégories distinctes en fonction de leur morphologie adaptée au milieu dans lequel elles vivent et à leur mode de déplacement. Nous verrons que leur apparence physique peut considérablement varier d’une catégorie à l’autre, avec tout de même certains détails anatomiques en commun permettant de les différencier à coup sûr des plécoptères (morphologie assez ressemblante pour un novice) et trichoptères. Tous ces ordres d’insectes ont tout de même un point commun, leur corps se divise en trois parties: tête, thorax (avec trois paires de pattes) et abdomen.

Parmi ces détails citons en particulier la présence de trachéo-branchies situées de part et d’autre de l’abdomen ou en position dorsale (sept paires au maximum) qui permettent la respiration en captant l’oxygène dissous de l’eau grâce aux trachéoles (minuscules nervurations difficilement perceptibles à l’œil nu) . On peut les voir s’agiter lors de collectes en plaçant les individus prélevés sur un fond blanc avec un peu d’eau, c’est ce mouvement qui permet justement de capter l’oxygène, même par faible courant.  Celles-ci peuvent prendre des formes variées suivant les genres: rondes à effilées ( genre Epeorus, Baetis…), filamenteuses (Paraleptophlebia…), plumeuses (Ephemera, Potamanthus…), sous forme de plaques dorsales ou d’élytres (Caenis )… Chez les plécoptères, seules les grandes espèces disposent de tels organes respiratoires au niveau du thorax et des pattes.

Un autre critère de distinction est le nombre de cerques (filaments caudaux situés à l’extrémité de l’abdomen), trois pour l’ensemble des éphéméroptères à l’exception du genre Epeorus n’en possédant que deux comme tous les plécoptères.

Je n’irai pas plus loin dans la description anatomique des larves aquatiques, des ouvrages spécialisés et sites internet vous permettront d’approfondir vos connaissances.

Intéressons-nous désormais aux spécificités des différentes catégories de larves d’éphéméroptères, avec quelques-unes d’entre elles. J’ai tenté de vous présenter une petite dizaine de  genres (la précision de l’espèce ne nous sera pas ici de grande utilité) , parmi les plus répandus et connus (en Limousin notamment), afin d’illustrer en photo ces catégories en relation avec leur morphologie. A titre indicatif,  143 espèces d’éphémères regroupées sous 41 genres et 16 familles ont été recensées sur l’hexagone, autant dire qu’il est absolument impossible d’être exhaustif, sachant que bon nombre d’entre elles sont très localisées et  difficilement observables. Par ailleurs, certaines espèces appartenant au même genre sont parfois tellement proches les unes des autres (morphologie, milieu de vie, période de vol, etc…) que la détermination précise de l’espèce est un véritable casse-tête, et ce même pour nos meilleurs spécialistes  (dans ce cas il est impératif de disposer d’échantillons collectés et conservés dans les meilleures conditions afin d’obtenir une diagnose la plus précise possible).

J’ai essayé lorsque cela était possible de photographier côte à côte une larve et une nymphe (la qualité des photos laisse un peu à désirer! Je m’en excuse), afin de permettre au lecteur de bien distinguer la différence de formation des sacs alaires (paire de fourreaux situés sur le thorax au stade nymphal et renfermant les futures ailes de l’adulte), véritables indicateurs de l’émergence imminente de l’insecte ailé. Plus ces sacs alaires sont gonflés, foncés et luisants, plus l’émergence est proche…

  • Les larves nageantes:

Regroupant essentiellement les familles Baetidae (la plus vaste avec plus de 30 espèces) et Siphlonuridae (bien que beaucoup plus rare et ne comptant qu’un nombre limité d’espèces), ces larves ont un corps fuselé et allongé qui leur permet de se déplacer dans la masse d’eau par des mouvements ondulatoires. Certaines espèces ont une préférence pour les courants lents riches en herbiers aquatiques, d’autres pour les eaux moyennement à très courantes au fond de galets et roches grossières. Les pattes sont fines et courtes car d’importance secondaire. Les trachéo-branchies sont bien visibles de part et d’autre de l’abdomen au stade nymphal: rondes, ovales, pointues ou foliacées suivant les genres. Alors que chez Baetidae l’émergence se passe généralement en surface en pleine eau où la subimago (futur adulte) vient briser la carapace nymphale au niveau du thorax pour s’extirper et se retrouver ainsi à la merci des poissons jusqu’à son envol, les siphlonuridés ont plutôt tendance à émerger proche des rives des cours d’eau sur un support émergé, à l’abri des prédateurs.

 

19

10.

21

  • Les larves rampantes:

Cette catégorie regroupe de multiples familles qui vivent principalement dans les secteurs à courant lent, chacune ayant une préférence pour un type de substrat particulier, même s’il est fréquent de les rencontrer sur des substrats autres. Piètres nageuses et généralement de petites tailles, elles se déplacent en rampant plus ou moins lentement et maladroitement (pour Ephemerellidae en particulier) sur leur support. Parmi ces familles, Leptophlebiidae est  facilement observable  dans les amas de racines en bordure ou parmi  les débris végétaux. Elle est d’ailleurs considérée comme la famille d’éphéméroptères la plus polluo-sensible. Dans le cadre de la détermination de l’ IBGN d’un cours d’eau (procédé initié par Verneaux au siècle dernier visant à établir un diagnostic écologique des écosystèmes lotiques, bien que relativement complexe à mettre en oeuvre, mais qui reste encore de nos jours la méthode la plus fiable!), elle appartient au troisième groupe de taxons indicateurs sur les neufs existants (troisième ligne en ordonnée dans le tableau d’analyse de l’IBGN figurant dans le lien ci-dessus). Très répandue sur l’ensemble des rivières limousines, sa présence massive est un signe de bonne qualité des eaux, bien que moins révélatrice que certaines familles de plécoptères dont j’aurai l’occasion de parler dans un prochain article… Notez la forme particulière des trachéo-branchies, et les longs cerques très écartés. L’émergence se passe sur les bordures où les nymphes se hissent sur des supports pour quitter leur carapace nymphale, passant pratiquement inaperçues de la majorité des moucheurs.

Les espèces appartenant à Ephemerellidae possèdent un corps plus  renflé avec des trachéo-branchies moins développées, des  pattes et cerques alternant bandes claires et foncées. Très connues des moucheurs au stade adulte (surtout pour Serratella ignita ), elles apprécient particulièrement les herbiers. Extrêmement lentes dans leur déplacement et facilement emportées pas le courant, elles font le bonheur des poissons lors de leur dérive et de leur ascension vers la surface précédant leur émergence (même mode opératoire que Baetis), mais également après une fois devenues des subimagos…

Une autre famille de larves rampantes dont la réputation au stade ailé dans le monde de la PALM n’est plus à faire est celle des caénidés (Caenidae) . Beaucoup plus rares (présence occasionnelle en Limousin) et plutôt difficiles à observer car minuscules, les larves côtoient essentiellement les fonds sablonneux et limoneux. Deux trachéo-branchies principales en forme d’élytres recouvrent une partie de l’abdomen sur la face supérieure, les autres étant cachées sous celles-ci. Elles ressemblent beaucoup aux larves d’éphémérellidés, bien que de taille moindre.  L’émergence se produit également en surface en fin de journée essentiellement, c’est le début d’une vie d’adulte qui ne va durer que le temps d’une soirée pour la plupart des espèces propres à cette famille…

13.

17,

11.

cae

  • Les larves pétricoles ou larves plates:

Il s’agit sans aucun doute du groupe le plus représenté en Limousin en raison de la configuration générale des cours d’eau: rivières courantes et bien oxygénées avec un lit de gravier, galets et rochers. Toutes les larves de cette catégorie ont pour points communs d’avoir un corps dit aplati dorso-ventralement (en demie-lune) pour résister à l’emprise du courant et trois paires de pattes épaisses et solides pour s’agripper aux pierres (face inférieure généralement).

Deux familles principalement sont concernées,  la première  celle des heptagénéidés (Heptageniidae) est la plus vaste des deux, composée de quatre genres différents mais non des moindres… Contrairement aux autres familles, toutes ces espèces dites rhéophiles  émergent sous l’eau et non en surface. Selon les genres, l’émergence peut se produire proche du fond, en  pleine eau au cours de l’ascension de la nymphe , ou proche des bordures mais toujours sous la surface.

Quel que soit le genre, toutes ces larves et nymphes possèdent de longs cerques et des trachéo-branchies bien développées, une petite spécificité pour le genre Epeorus dont celles-ci restent parfaitement immobiles au lieu de s’agiter, l’obligeant ainsi à choisir des secteurs encore plus courants que ses congénères afin de pallier à ce défaut de mouvement (les radiers, fins d’entonnoirs marqués par une accélération du courant sont des postes de choix). Concernant l’émergence, celle-ci se passe au cœur de la rivière à différentes hauteurs d’eau chez Epeorus, Rhithrogena et Heptagenia, le nouvel insecte ailé expulsé de son exuvie nymphale  va gagner rapidement la surface grâce à sa forme hydrodynamique (les ailes repliées le long du corps). Chez Ecdyonurus , les nymphes matures vont plutôt se diriger vers les rives pour quitter leur exuvie à quelques centimètres sous la surface et ramper à l’air libre le long des racines, rochers et tiges végétales, les ailes à moitié depliées (phénomène observable en scrutant  minutieusement les parties immergées des bordures immédiates des cours d’eau au printemps). C’est probablement ce mode d’émergence des heptagénéidés qui a inspiré (en partie seulement) la pêche en noyée destinée à imiter un insecte ailé dérivant dans le courant.

La seconde famille de larves plates est Oligoneuriidae, limitée à deux espèces seulement (dont la célèbre Oligoneuriella rhenana ou manne grise, à ne pas confondre avec la manne blanche que j’évoquerai par la suite). Sa confusion avec les autres genres et familles au stade aquatique est  impossible, chaque segment abdominal étant caractérisé par deux pointes latérales en plus de l’absence visible de trachéo-branchies (placées latéralement sur chaque segment et observables seulement à l’aide d’un appareil). Les cerques sont très courts et leur tête est dotée d’une dispositif supplémentaire afin d’adhérer encore mieux à leur support, ce qui leur permet de se positionner dans les secteurs de courant relativement puissants, parfois sous forme de colonie importante. Cette famille possède la faculté de stopper le développement de ses œufs durant la saison hivernale (œufs moins sensibles aux conditions extrêmes que les larvules) par diapause pour permettre une éclosion en début de printemps avec une croissance des larves extrêmement rapide. Il est par conséquent pratiquement impossible de collecter des individus de taille différente suite à ce phénomène, d’autant plus que la période d’émergence est concentrée sur juillet et aout essentiellement, c’est-à-dire relativement courte. Les futurs adultes émergent véritablement au crépuscule, bien souvent à la nuit tombante, en utilisant la force du courant pour s’extraire de leur exuvie nymphale,  bien exposés à celui-ci sur la partie supérieure des galets et cailloux qui leur servent de supports.  Après une rapide traversée de la couche d’eau et une percée en surface, les subimagos s’envolent aussitôt et s’accouplent pratiquement dans la foulée.

14.

12.

15,

16,

20

  • Les larves fouisseuses:

Les espèces appartenant à Ephemeridae (quatre espèces dont deux courantes Ephemera danica et vulgata) sont principalement concernées ici, avec dans une moindre mesure les familles Polymitarcyidae (la fameuse manne blanche Ephoron virgo exploitée au cours du siècle dernier comme nourriture pour oiseaux après séchage sur les bords de Saône tellement elle abondait! ) et Potamanthidae, toute deux très localisées.

Les larves de mouche de mai, dotées d’un corps cylindrique pourvu de trachéo-branchies duveteuses très mobiles et de pattes taillées pour creuser le substrat,  vont s’enfouir dans les sols sablo-limoneux pour une durée pouvant atteindre trois ans en fonction des conditions, pour n’en sortir qu’au stade nymphal et entamer leur montée vers la surface. L’émergence, très longue, va s’accompagner d’une dérive importante de l’insecte entre le moment où la subimago va commencer à briser les sacs alaires et celui où le nouvel adulte est sur le point de s’envoler, si les poissons, oiseaux et libellules leur en laissent le temps bien entendu…

5.

Lors d’un prochain article, j’aborderai cette fois la phase aquatique des plécoptères et trichoptères les plus fréquemment rencontrés essentiellement dans nos cours d’eau limousins, avec quelques clichés …

La fin de la saison de pêche en rivière approchant à grands pas, il y a encore de belles opportunités de rencontres entomologiques à faire au bord de nos cours d’eau favoris…  L’arrivée de l’automne marquée par un rafraîchissement des températures et le retour des pluies tant attendues (bien que de plus en plus rares en cette saison) est souvent synonyme de belles émergences de baétidés, éphémérellidés et heptagénéidés divers en pleine journée. Profitez-en pour observer ces adultes de plus près entre deux dérives, sur votre poignée de canne ou dans le creux de votre main dans un premier temps, un moyen simple à la portée de tous pour s’initier aux rudiments de cette discipline…

Fin septembre marque l’arrivée de l’automne avec ses paysages aux couleurs changeantes; c’est aussi le début d’une courte (mais passionnante) saison, celle de la pêche de l’ombre, qui se prolongera jusqu’à novembre, voire fin décembre pour les plus courageux…

Bonne fin de saison à tous…

Romaric.

 

 

 

 

 

Etude sur la diversité génétique des ombres communs sur le bassin de la Vienne.

Voici une étude très détaillée que j’ai obtenue auprès de la fédération  de pêche de la Haute-Vienne traitant de la diversité génétique des populations d’ombres communs de la Vienne et de ses affluents entamée en 2011. Elle concerne notamment une petite rivière coulant à 200m de chez moi, la Combade, un affluent de la Vienne, qui possède une densité intéressante en ombres communs de toutes tailles sur tout son linéaire, chose qui est plutôt rare car l’acclimatation de ce poisson sur une rivière est très aléatoire.

Cette étude réalisée par Henri Persat, un éminent spécialiste de l’ombre du CNRS de Lyon, avec le partenariat de spécialistes de l’Institut de Zoologie de l’Université de Graz en Autriche pour les analyses en laboratoires, tente d’établir d’éventuels rapports entre les ombres de la Vienne et les différentes souches d’ombres présentes sur les rivières de l’hexagone (ligériennes, danubienne, rhodanienne, rhénane), en tenant compte des souches utilisées dans les piscicultures auxquelles la fédération a eu recourt lors des alevinages passés.

Il s’agit avant tout d’un rapport scientifique, très technique utilisant des notions spécifiques à la génétique, ce qui peut parfois dérouter et compliquer la compréhension du déroulement de l’étude pour de simples moucheurs comme nous. Il vous sera parfois nécessaire de faire quelques recherches sur le net concernant certaines notions scientifiques (ADN mitochondrial et nucléaire, haplotype, allèle, microsatellite, …) afin de comprendre de manière précise les différentes analyses comparatives opérées par les spécialistes, je vous le recommande fortement! Même si la conclusion est amplement explicite à elle seule…

Le résultat de l’étude est  surprenant et même très encourageant, mais je n’en dis pas plus, à vous de le découvrir…

Bonne lecture…

2013 – PERSAT – rapport ombre commun 87 – vFDbd

Commentaires fermés sur Etude sur la diversité génétique des ombres communs sur le bassin de la Vienne.